Allez, innovons ! On s’est déjà tous retrouvé à pester devant les mauvaises critiques de nos films préférés (j’ai moi-même eu plusieurs éruptions colériques en lisant les chroniques sur les deux derniers Matrix) et on s’est déjà tous retrouvé navré de soi-disant journalistes qui torpille le boulot de plusieurs années de toute une équipe en quelques mots assassins et bien (mal) sentis. Une attitude poussée à l’exergue en France, pays phare de la critique vilipendaire et gratuite. Ici, au Mainstream Club, on essaye du mieux qu’on peut de ne pas tomber dans cette facilité parfois écœurante, de préférer parler de ceux qu’on a aimés et de taire ceux qui nous ont déplu et, si une critique est négative, on tente du mieux qu’on peut d’en faire une critique constructive, de trouver les causes de l’échec et de mettre en lumière les bons points. Parce que descendre une œuvre, ça ne nous amuse pas, et qu’on ne le fait que si elle fait preuve de mauvaise foi affichée. Dans ce sens, j’inaugure un nouveau type de critique : La Critique des Critiques ! Un tour d’horizon des divers avis des professionnels, critiqués à leur tour. Le bras armé de la justice, qu’on est, j’vous dis…
Le premier à profiter de l’exercice sera Une Education, de la Danoise Lone Scherfig, dont je n’attendais pas grand-chose, n’avait vu que l’affiche et qui ne m’avait attiré que grâce à la présence de Peter Sarsgaard, un acteur au charisme attachant. L’histoire d’une lycéenne de seize ans, obligée d’être studieuse par un père inflexible et une Angleterre des années 60 qui n’a pas encore connu la libération sexuelle, qui s’éprend d’un trentenaire charmant et naviguant dans un milieu bien moins modeste que le sien.
LE PARISIEN – Marie Sauvion
’’L’acteur américain Peter Sarsgaard possède tout le charme nécessaire à cette « éducation », d’abord irrésistible de drôlerie, puis d’une cruauté terrible. On passe un excellent moment.’’
> Effectivement, tout le charme du film repose sur ce couple moralement et socialement inadapté mais qui transfigure le film de tendresse et de malice. Bien sûr, il faut reconnaître la prestation de la jeune Carey Mulligan nominée aux Oscars pour ce rôle, qui, d’une talentueuse simplicité dans la ligné d’Audrey Hepburn ou de Natalie Portman, irradie l’écran.
CHRONIC’ART.com – Nicolas Truffinet
’’Une Éducation préfère se construire, à l’image de son héroïne, sur ces paradoxes et tâtonnements qui ne s’annulent pas mais se renforcent et s’empilent, dessinant une émancipation, et un film d’une grande beauté.’’
> En cela, effectivement, le film s’adapte au parcours bredouillant de son héroïne, qui découvre pas à pas la ’’vraie vie’’, cet ailleurs de princesse dont elle a toujours rêvé. La réalisation la talonne de près, mais jamais trop, se découvrant aussi libre qu’elle.
EXCESSIF
’’Seulement voilà, le discours est à la fois si évident et moralisateur que l’on ne peut s’empêcher de grimacer dans les dernières minutes du métrage.’’
> Voilà, on arrive chez les râleurs. La fin, abrupte et désenchantée, vient en effet faire sombrer le film et le rêve dans une réalité dure et amère, mais n’en renforce que le propos, hissant Une Education au-delà de la petite bluette vers laquelle elle aurait pu tendre !
OUEST FRANCE
’’A la manœuvre, alerte et légère, il y a Lone Scherfig (…) Elle affiche la même verve amusée à diriger un excellent générique dont on savoure la prestation.’’
> Oui, il fallait le signaler celui-là ! Tout en surimpressions dessinées sur la pellicule, rythmé au son pop de Floyd Cramer, le générique de début est un des plus réussis que j’ai pu voir récemment !
LES INROCKUPTIBLES – Amélie Dubois
’’Lone Scherfig se contente d’habiller sur mesure et de jouer mécaniquement la partition scénaristique, parfois amusante…’’
> Faux : même si elle se pare dans un premier temps d’un faux classicisme adaptée au personnage de Jenny, elle se libère en même temps qu’elle et sautille, lumineuse. Bien sûr, on est pas dans de l’expérimental à la Gaspar Noé ou de l’ultra-cinéma à la Scorsese, mais le sujet ne s’y prête pas…
POSITIF – Eric Derobert
’’Le film déçoit avant tout par son mouvement univoque.’’
> Alors, Positif, si c’est pas un film roumain des années 70 tourné en huis-clos dans une cuisine avec un acteur et demi (l’ombre du perchman), ils sont pas contents ! Où voient-ils le caractère univoque du film, qui, s’il suit l’évolution d’un personnage, en suit aussi et surtout les mutations constantes, et les constants revirements ?…
LES CAHIERS DU CINEMA – Joachim Lepastier
’’On ne sait quelle éducation se cache derrière cette soumission aux apparences, mais elle est clairement l’antithèse de tout ce qui a élevé notre œil au cinéma.’’
> Une énième critique basée sur le synopsis et la moitié de la bande-annonce ? Une formulation ampoulée et creuse pour partir dans une conclusion extrême et totalement à côté de la plaque : Une Education serait du ’’contre-cinéma’’ ? Le film parle de libération sexuelle, culturelle et physique, en quoi est-ce contraire au cinéma ? M’enfin, aux Cahiers, on les rattrapera plus…













