
En Alsace, Tomi Ungerer est un trésor sacré. Conteur aussi insolent pour les enfants que pour les adultes, il a produit une Å“uvre aussi variée que monumentale. Donc, forcément, toucher à un de ses classiques est toujours considéré avec prudence. Comme Les Trois Brigands il y a cinq ans, c’est donc au tour de Jean de la Lune de passer à la moulinette de l’adaptation longue. Et le problème n’est pas tant l’adaptation que la longueur, justement…
Jean de la Lune s’ennuie tout seul sur la Lune. Il décide de visiter la Terre. Un jour, il s’accroche à la queue d’une comète et atterrit chez nous. Le Président du Monde, persuadé qu’il s’agit d’un envahisseur, le pourchasse. Pour lui échapper, Jean de la Lune va devoir compter sur les enfants et ses amis…
Alors attention : Jean de la Lune n’est pas irregardable, non. D’ailleurs, on peut lui accorder d’être un des films d’animation les plus poétiques de l’année. Là où Les Trois Brigands prenait des largueurs avec le style d’Ungerer, ce film-là est d’une fidélité visuelle impressionnante, parvenant à reproduire des scènes entières du livre avec une acuité bienvenue, celles-ci étant souvent les plus marquantes et les plus originales : Jean qui disparaît à la faveur d’un changement de lune ou qui découvre la nature. Visuellement, on regarde les créations de papier d’Ungerer prendre vie. On retrouve ainsi toute la malice et la tendresse de l’auteur à l’écran. D’autant que voir un dessin animé qui ne soit pas le fruit de calculs d’ordinateurs mais bien de coups de crayon véritables est une expérience tellement rare de nos jours qu’elle mérite d’être saluée et savourée.
Seulement voilà , dans l’ensemble, Jean de la Lune n’est pas transcendant. Pour faire d’un bouquin d’une trentaine de pages un long-métrage d’une heure et demie, il faut remplir les vides. Et c’est justement là que le bât blesse : le scénario sent le bricolage. Sauf exception, aucun des ajouts n’apporte quoi que ce soit au récit et a plutôt tendance à le plomber. Finalement, seul le président du monde apporte réellement quelque chose. Certes caricatural, il se place, comme les deux autres personnages principaux, dans une écriture plutôt subtile où on reconnaît bien le penchant d’Ungerer pour les teintes de gris. Après, tout le reste ronfle comme du meublage qui ne cache même plus, avec ses séquences qui s’allongent à l’excès, ses enfants qui regrettent à plusieurs (longues) répétitions la disparition de Jean de la Lune ou encore ce père et sa fille en voiture qui ouvrent et ferment le film et n’apportent rien d’autre qu’une tonalité qui tranche bien trop avec le reste de l’histoire. Si on ajoute une animation parfois poussive et pauvre (excusable dans les années 90, mais plus maintenant) qui ne parvient jamais à se défaire du poids de l’Å“uvre d’origine, on se dit que ce Jean de la Lune aurait fait un excellent court-métrage…





