
La RDA (DDR pour les intimes), c’est un peu le sujet de prédilection de la littérature et de l’audiovisuel outre-Rhin, avec le nazisme. Parce que ces deux périodes noires de l’histoire ne seront jamais vraiment cicatrisées et que le silence a fait place à la parole. Et si la production cinématographique « historique » est dense, rare sont les films qui abordent l’Allemagne de l’Est de façon originale. This Ain’t California est donc un vent de fraîcheur car il innove autant sur le fond (en choisissant le prisme des skateurs) que sur la forme. Une surprise inattendue (ce qui est un peu le principe des surprises, vous me direz)…
RDA, années 80 : le skate-board arrive et avec lui, une nouvelle culture urbaine venue de l’Ouest, qui vient chambouler le quotidien des jeunes « Ossis ». Mixant interview des protagonistes de l’époque, séquences originales en super 8, images d’animation, ce documentaire nous conte le quotidien de skateurs «Ossis», sur une décennie, qui ont brûlé l’asphalte d’Alexanderplatz en cheveux longs, shorts en jean et torses nus. Le vent de liberté insufflé par cette discipline a créé une contre-culture dans laquelle une génération s’est reconnue et a su s’émanciper, au sein d’un état répressif prônant les sports de masse et le bien-fondé de la performance ultime…
This Ain’t California n’est pas un documentaire. Pas vraiment. Mais pas non plus une Å“uvre de fiction. Comme l’a habilement résumé son producteur Micha Schöbel, initiateur du projet : tout est vrai mais tout n’est pas authentique. En effet, le jeune réalisateur Marten Persiel n’est pas voulu d’un reportage conventionnel et ne se refuse pas de piocher dans tous les artifices du cinéma pour construire cette histoire unique. Ainsi, les interviews rejouées se mêlent aux vraies, les images d’archives sont soit véritables soit fausses et des séquences animées font irruption parmi les images réelles. Et dans ce sémillant foutoir organisé, il est impossible de démêler le vrai du faux. Et au fond, on s’en fout, puisque l’histoire qu’on nous raconte est tellement passionnante et bien mise en boîte qu’on a envie d’y croire.
Photomontage d’une génération mise en perspective avec l’histoire de tout un pays en plein bouleversement, This Ain’t California est avant tout un film à hauteur d’homme. De ces skateurs qui ne se rendent pas compte de ce qu’ils représentent et surtout de Panik, figure emblématique et quasi-surnaturelle, à mi-chemin entre James Dean et le Dean Moriarty de Kerouac. Figure captivante et ô combien charismatique, Panik, c’est le type qui n’est pas bien là où il est et qui va préférer remuer son environnement que lui-même. Un mec symptomatique de la RDA sans jamais s’en rendre vraiment compte qui sonne comme un cri de liberté apolitique. On est happés dès les premiers instants et la balade est sacrément réjouissante. Porté par une bande-son absolument géniale composée de titres des stars pop et rock de l’époque (Alphaville, Puhdys ou encore Johannes Tibursky), le film de Persiel est un ovni dans lequel on embarque sans rechigner, une pépite d’une créativité et d’une inventivité que seule une histoire vraie pouvait justifier.





