CINÉMA

24 novembre 2012

AUGENBLICK 2012 : Une Famille de Trois, promise en bière

Pas facile de faire un film sur le deuil. Déjà parce que le sujet a le chic de faire fuir les spectateurs qui n’ont pas forcément envie de se taper une heure trente de malaise plongée dans le noir. Ensuite parce rares sont les tentatives qui ont réussi à traiter le thème avec suffisamment de subtilité et de recul (on pense à Garden State ou à La Chambre du Fils). Heureusement, Une Famille de Trois, traduction française à côté de la plaque de Tage die Bleiben (littéralement « Les Jours qui Restent ») nous laisse avec un sentiment plutôt positif et parvient à surprendre là où on ne l’attendait pas…

Il y a longtemps que les Dewenter ne forment plus une véritable famille : mensonges et tromperies ont eu raison de la cohésion que tente vainement d’y maintenir Andrea, la mère. C’est pourtant au sein de cette famille meurtrie qu’il faut trouver le réconfort lorsqu’elle décède dans un accident de voiture. Alors que le chagrin attise blessures, rancœurs et frustrations, et dévoile les mensonges, le père et les enfants doivent réapprendre la confiance…

On s’attendait à un drame lacrymal classique comme le cinéma européen nous en crache des dizaines par an (et je reste dans l’euphémisme). Mais dès son générique, Une Famille de Trois annonce la couleur : c’est autre chose qui nous est proposé ici. A travers un plan fixe au ralenti extrêmement graphique et maîtrisé, l’accident de la mère est aussi percutant que poétique. Certes, on va rapidement perdre cette touche onirique pour se concentrer sur une réalisation plus terre-à-terre, mais on va aussi gagner en drôlerie et en sincérité. L’affiche ne ment donc pas en nous vendant « un film sur le deuil avec un humour et une légèreté inattendus ».

Bon, on ne se poile pas non plus, et le sujet n’est pas traité par-dessus la jambe. A vrai dire, le deuil est ici autant le sujet qu’un déclencheur, qui va rouvrir les blessures familiales et éloigner puis rapprocher des survivants qui vont devoir trouver leur place dans un puzzle où il manque maintenant une pièce. En suivant ses trois trajectoires différentes et complémentaires, la réalisatrice Pia Strietmann parvient à capter différents sentiments, différentes réactions, sans jamais plonger son film dans un marasme chagrin. Elle parvient (presque) toujours à trouver le ton juste, même si cela implique de maintenir sa mise en scène dans une sobriété où un peu de largesse et de d’originalité n’aurait finalement pas fait de mal. Heureusement, les trois acteurs principaux (et le pathétique croque-mort) assurent et on se sent se créer au fur et à mesure une complicité sincère à l’écran. Une Famille de Trois ne veut jamais nous faire pleurer des torrents ou nous faire rire comme des baleines, mais il trouve un juste milieu qui rend le voyage plus agréable qu’on l’aurait pensé.

Sortie française indéterminée



à propos de l'auteur

Mr Wolf
Co-créateur du Mainstream Club et auteur de la première heure, Mr Wolf est réputé pour avoir une pilosité aussi imposante que l'animal derrière lequel il se cache. Passionné par les comics, le cinéma et les séries, il a pour mot d'ordre de ne parler que des choses qu'il aime et de ne jamais écrire pour démolir. On raconte qu'il aurait tué une meute d'ours à mains nues et conquis la Russie en 768, mais aussi plausibles qu'elles soient, ces légendes n'ont jamais pu être vérifiées...




 
 

 
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