L’Assaut, c’est beau. Y a pas à dire : le premier film de Julien Leclercq, Chrysalis, nous avait laissé sur notre faim, sacrifiant toute émotion à une esthétique froide (frigide ?) mais certes jolie à regarder. Et dans L’Assaut, le compte est bon, tout y est. En même temps, le sujet s’y prêtait. La prise d’otage du vol Alger-Paris le 24 décembre 1994 par quatre terroristes du GIA. Et les deux jours qui suivent, jusqu’à l’assaut du GIGN sur l’aéroport de Marignane. Une matière première en or, encore jamais exploitée sur écran, petit ou grand, qui fait écho à une période sombre des années 90, dont tout le monde se souvient (le corps flou du copilote qui saute du cockpit sur le tarmac pendant l’assaut), et qui culminera avec les attentats du métro parisien l’année suivante.
Et il faut bien l’avouer : L’Assaut est un putain de bon film ! Leclercq parvient parfaitement à capter la tension de ces trois jours infernaux en multipliant les points de vues sans jamais réellement en privilégier un. Le GIGN, le gouvernement, les terroristes, tous sont ici à pied d’égalité et la caméra ne juge pas (les terroristes ne sont, pour une fois, pas diabolisés). On regrettera peut-être de trop nombreuses scènes avec les familles (la femme d’Elbaz qui pleure sans arrêt et les plans pathos sur sa gamine) et pas assez d’intérêt pour les otages, qui ne prennent finalement de l’ampleur que quelques secondes avant de se faire flinguer. Malgré tout, l’intrigue file à une vitesse folle, les images d’archive connues prenant une toute autre couleur mêlées à une reconstitution réaliste, jamais toc et profondément humaine. Et c’est là la grande force du film (et la grosse lacune de Chrysalis) : savoir capter les émotions et les drames à échelle humaine. Pas de héros ici, puisque les rares poussées d’héroïsme se finissent systématiquement mal. Leclercq filme la réalité, ou tout du moins une réalité et nous immerge dans une situation de tension extrême (le début de l’assaut, sur les passerelles) où l’irrationnel prime souvent. Un très bon film, politique, frontal et sans compromis comme on en voit presque jamais en France. Alors que les Anglais nous sortent une demi-douzaine de mini-séries dans le même genre chaque année…







