~ Sélection Officielle - En Compétition ~
Pari osé que The Artist. Livrer un film en noir et blanc passe encore, mais revenir le temps d'une heure trente au cinéma muet peut en déconcerter plus d'un, tant le parlant a depuis longtemps fait oublier au spectateur qu'à une époque, on entendait pas un son des voix des acteurs. Justement, Michel Hazanavicius ne se contente pas de pondre un film-hommage à cette époque tristement révolue du cinéma mais place au cœur de son histoire ce moment charnière qu'a été le passage au parlant. Il met en scène George Valentin, acteur star du muet qui va décliner en même temps que la starlette dont il tombe amoureux, Pepe Miller, va devenir une des premières vedettes du parlant.
Pour un tel parti-pris stylistique, il n'y a pas de demi-mesure : le résultat est soit un ratage, soit une réussite. Heureusement, Hazanavicius est un bon et son film se place aisément dans la deuxième catégorie. S'imposant toutes les contraintes de l'époque pour mieux les détourner (un peu trop respectueusement ?) au fur et à mesure du film, le réalisateur relève le défi haut-la-main sur le plan technique en proposant un film visuellement bluffant et d'une grande rigueur plastique. Parce qu'avant toute chose, The Artist est un film d'amour. D'amour pour le cinéma d'abord, puisque celui-ci est au centre du scénario. On y retrouve l'Hollywood(land) des années 20, décennie qui l'a vu naître et exploser, dans une reconstitution minutieuse mais jamais lourdingue. D'amour entre Valentin et Miller ensuite. Une romance contrariée par l'orgueil de Valentin, bouleversé par la fraîcheur de Miller. A ce jeu-là, Jean Dujardin et Bérénice Béjo forme un couple incroyablement attachant, et leurs scènes ensemble sont de vrais régals.
Mais la seule performance de Dujardin est tout aussi impressionnante. Prouvant une fois de plus qu'il peut tout jouer avec la même décontraction et la même aisance. Campant un Valentin d'apparence crâneur mais profondément tourmenté, il joue les différents états de l'acteur en pleine déchéance avec un naturel incroyable, qui rend Valentin attachant de bout en bout. D'autant qu'Hazanavicius fait preuve d'un humour peut-être plus discret de ses OSS 117 mais qui fait mouche. En ce sens, la scène final (chut !), la running joke du chien et mille clins d'œil glissés ça et là déclenchent immédiatement rire et sourires. Surtout qu'à côté de ça, Hazanavicius ne se restreint pas dans sa reconstitution et se permet des écarts formels modernes et réussis, comme les multiples prises de la même scène ou la scène de rêve, surprenante, tout autant que de jolis moments de poésie comme celui où Miller s'enlace dans la veste de Valentin.
Un très beau film, inattendu et surprenant, qui parle de cinéma sans métaphysique pompeuse ou mise en abyme intello. Rare et précieux, donc.
~ Sortie française le 19 octobre 2011 ~
Tags: Bérénice Béjo, Cannes 2011, Festival de Cannes, Festival de Cannes 2011, Jean Dujardin, Michel Hazanavicius, Sélection Officielle, The Artist


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