CINÉMA

11 mars 2013

CINQUANTE/CINQUANTE : Spring Breakers, sea, sex and fun, and gun

CINQUANTE CINQUANTE Spring Breakers

Mr Wolf - avatar miniOn en a entendu parler, de celui-là. Des actrices Disney qui se dévergondent. Un réalisateur arty et plutôt confidentiel lancé dans une promo mondiale. James Franco en gangsta-rappeur mi-rasta mi-déglingué. Le moins qu’on puisse dire, c’est que Spring Breakers se trimballait déjà une réputation sulfureuse avant même de débarquer en salles. Et le résultat final, il faut bien le dire, est troublant, certes, mais surtout déconcertant…


CINQUANTE CINQUANTE Spring Breakers 2Pour financer leur Spring Break, quatre filles aussi fauchées que sexy décident de braquer un fast-food. Et ce n’est que le début… Lors d’une fête dans une chambre de motel, la soirée dérape et les filles sont embarquées par la police. En bikini et avec une gueule de bois d’enfer, elles se retrouvent devant le juge, mais contre toute attente leur caution est payée par Alien, un malfrat local qui les prend sous son aile…

NI POUR…

Si au départ, la démarche se tient et les premières images nous assènent en ultra-ralenti la débilité déconcertante et vide de spring breakers demeurés, on arrive à la conclusion les sourcils froncés et les lèvres plissées. En chemin, Harmony Korine ne se serait-il pas paumé, ayant déjà épuisé toutes ses cartouches à mi-course ? C’est ce qu’on est en droit de se demander, tant la seconde partie du métrage relaye le quatuor central aux seconds rôles pour mettre en exergue un James Franco certes brillant et complètement commis à son rôle, mais dont l’histoire manque cruellement de point de vue. Ainsi, on se demande bien où veut en venir Korine, vilipendant une jeunesse larguée de façon trop unilatérale pour être vraiment honnête intellectuellement. Critiquer une société, c’est bien, mais n’importe quel poivrot de comptoir peut le faire. On appelle souvent un film une proposition de cinéma, mais le problème, c’est bien que le réalisateur ne propose rien et se contente là de constater.

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… NI CONTRE…

Malgré ça, il faut bien reconnaître à Spring Breakers une virtuosité indéniable. Tranchant l’obscurité grise et granuleuse par des éclairs fluos, Korine compose des plans d’une beauté folle sans jamais quitter une certaine nonchalance de cadrage qui colle parfaitement à la psychologie de ses héroïnes. Calquant sa caméra sur leurs pas, leurs heurs et leur détresse, le cinéaste nous propulse au-dessus du simple statut de spectateur en nous faisant ressentir viscéralement certaines scènes violemment absurdes. Le malaise est bien là, accentué par un montage qui résonne comme une prouesse (la première demi-heure est hypnotique) et qui n’hésite pas à répéter les plans dans un tourbillon d’images vertigineux qui culmine dans une séquence de hold-up d’une effarante sobriété ou la superposition surréelle de martyrisations de spring breakers et d’un tube de Britney Spears.

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… BIEN AU CONTRAIRE

Le final est une exacerbation du reste, scène impossible où deux filles masquées en bikinis dézinguent tout un gang surarmé. La goupille est là et la logique de Korine explose : Spring Breakers est un long rêve coloré qui ne répond qu’à sa propre logique et qui nous plonge dans les fantasmes dingues des participants. Et si ces personnages semblent vains, on se dit surtout que Korine a choisi de les représenter comme des corps vides, sans âme, uniquement animés par le mouvement qu’ils produisent et horrifiés à l’idée de s’immobiliser et de sortir d’un manège dont la fièvre leur donne l’impression d’exister. De ce côté-là, le réalisateur excelle et peint une approche dure et triste de la jeunesse contemporaine. Mais à trop vouloir calquer ses effets sur ses héroïnes, il en oublie de faire son film et de parler avec sa voix, passant à côté de la possibilité d’élever son œuvre au-delà de la (superbe) radiographie stylisée qu’elle reste malgré tout.

Actuellement en salles



à propos de l'auteur

Mr Wolf
Co-créateur du Mainstream Club et auteur de la première heure, Mr Wolf est réputé pour avoir une pilosité aussi imposante que l'animal derrière lequel il se cache. Passionné par les comics, le cinéma et les séries, il a pour mot d'ordre de ne parler que des choses qu'il aime et de ne jamais écrire pour démolir. On raconte qu'il aurait tué une meute d'ours à mains nues et conquis la Russie en 768, mais aussi plausibles qu'elles soient, ces légendes n'ont jamais pu être vérifiées...




 
 

 
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