
Longtemps envisagé par Jean-Pierre Jeunet, l’adaptation du livre unique de Yann Martel a finalement échu à Ang Lee, réalisateur discret aux multiples facettes. Et si on peut se demander à quoi aurait ressemblé la version de Jeunet, il est indéniable que L’Odyssée de Pi (Life of Pi) est un film unique et inspiré aux images fabuleuses et à la profondeur inattendu. Une Å“uvre à part dont on sent bien en voyant la promo que studio et distributeur n’ont pas vraiment réussi à le vendre correctement…
Après une enfance passée à Pondichéry en Inde, Pi Patel, 17 ans, embarque avec sa famille pour le Canada où l’attend une nouvelle vie. Mais son destin est bouleversé par le naufrage spectaculaire du cargo en pleine mer. Il se retrouve seul survivant à bord d’un canot de sauvetage. Seul, ou presque… Richard Parker, splendide et féroce tigre du Bengale est aussi du voyage. L’instinct de survie des deux naufragés leur fera vivre une odyssée hors du commun au cours de laquelle Pi devra développer son ingéniosité et faire preuve d’un courage insoupçonné pour survivre à cette aventure incroyable…
Pour être honnête, je ne suis pas allé voir L’Odyssée de Pi très motivé. Parce que, même si les images des bandes-annonces étaient magnifiques, on avait un peu de mal, sans avoir lu le livre, à correctement capter les thèmes du film. Et balancer du Coldplay sur les images n’était peut-être pas le plus efficace pour mettre en avant la particularité du film. Malgré cela, l’œuvre d’Ang Lee est une réjouissance continue. Parce qu’elle brasse des thèmes lourds, comme le deuil, la survie, les racines et la foi. Cette dernière est d’ailleurs au centre du récit en le sens que c’est sur elle que le film réfléchit tout du long. Ouvertement au départ, en montrant Pi comme un testeur compulsif de religions. Puis insidieusement lors de la dérive de Pi, qu’on choisira métaphorique ou pas. D’apparence bébête et orienté pour les enfants, le long-métrage est bien plus philosophique qu’il en a l’air et fonctionne à plusieurs niveaux dans sa structure même pour au final nous laisser obligatoirement sur une réflexion intime et sincère sur notre rapport à la croyance.
L’Odyssée de Pi est une fable, un conte magnifique narrativement et Ang Lee a clairement voulu transposer cette magie en images. tout du long, son film est d’une beauté époustouflante. Et il fallait bien un départ indien pour que nous autres spectateurs occidentaux gavés aux images sombres et en nuances de gris assimilent le déluge de couleurs avec lequel Lee peint ses scènes. Utilisant une 3D sobre et mesurée, le réalisateur taïwanais exécute des prouesses techniques impressionnantes, comme une séquence de naufrage tétanisante et des animaux de synthèse plus vrais que nature, et tout particulièrement Richard Parker, un tigre extrêmement expressif et aussi effrayant qu’attrayant. L’entreprise est belle, superbe même, parcourue d’une poésie de tous les instants, et se paye le luxe d’être un incroyable récit, dans le fond et la forme. Inratable.









