Malgré la présence de Brad Pitt dans le rôle principal et d’Aaron Sorkin au scénario, Le Stratège (Moneyball) n’a pas fait parler de lui à sa juste valeur. Quant au second, Échange Standard (The Change-Up), il vient de sortir à une période un peu difficile (les fêtes de fin d’année) qui pourrait ne pas lui être favorable…
Le Stratège, les aventures de Mr Beane
Voici l’histoire vraie de Billy Beane, un ancien joueur de baseball prometteur qui, à défaut d’avoir réussi sur le terrain, décida de tenter sa chance en dirigeant une équipe comme personne ne l’avait fait auparavant… Alors que la saison 2002 se profile, Billy Beane, le manager général des Oakland Athletics, est confronté à une situation difficile : sa petite équipe a encore perdu ses meilleurs joueurs, attirés par les grands clubs et leurs gros salaires. Bien décidé à gagner malgré tout, il cherche des solutions qui ne coûtent rien et auxquelles personne n’aurait pensé avant…
Vous n’aimez pas le baseball ? Ou vous ne comprenez tout simplement pas ces règles où des types courent, d’autres lancent des balles et d’autres encore tapent dedans ? Réjouissez-vous : Le Stratège (Moneyball) vous plaira quand même. Parce que si Aaron Sorkin aime les milieux opaques et codifiés (la politique dans A la Maison Blanche, Facebook dans Social Network), le scénariste préfère en aborder les coulisses et les défis humains qu’il recèlent. Et ce qu’il a réussi une fois de plus, avec Steven Zaillian et Bennett Miller, c’est ici de ne pas construire un film sur le baseball, mais sur un type seul qui tente le tout pour le tout pour secouer un sport qui lui fait autant de mal que de bien. Et dans le rôle de Billy Beane, Brad Pitt livre une prestation impériale, conscient que la réussite de l’ensemble repose en grande partie sur son jeu. Charismatique, passionné, monomaniaque et donc irascible (les scènes où il envoie valdinguer des chaises ou des bureaux sont aussi surprenantes que tordantes), il campe avec la plus grande rigueur ce mec banal qui n’a jamais rien réussi, n’est fier que de sa fille et veut prouver, à elle, à la profession, et surtout à lui-même qu’il est capable de gagner, par procuration, peut-être, en tordant les règles sûrement. Le reste du casting est à l’image de la réalisation de Miller : inspiré, simple mais solide et subtil. Un des grands outsiders incompréhensibles de cette année…
~ Sortie DVD le 21 mars 2012 ~
Échange Standard, vis ma vie
A l’école primaire, Mitch et Dave étaient deux copains inséparables. Mais au fil des années, leurs chemins se sont petit à petit éloignés. Dave est maintenant un brillant avocat, dévoué à son travail, à sa femme et à leurs trois enfants, alors que Mitch est toujours célibataire, tourne sporadiquement dans des films minables et fuit la moindre responsabilité comme la peste. Pour Mitch, la vie de Dave est un rêve : il a une femme délicieuse, des enfants qui l’adorent et gagne grassement sa vie. Quant à Dave, la vie de Mitch, dénuée d’obligations et de stress, le tenterait volontiers. À l’issue d’une nuit passablement arrosée, l’impossible va se produire : Dave se réveille dans la peau de Mitch, et vice-versa…
Changement de registre total avec Échange Standard (The Change-Up), une bonne comédie comme les Américains savent les réussir : à la fois grasse, vulgaire et profondément sincère. Un tour-de-force pas toujours réussi mais qui ici fonctionne en continu, sur une durée inhabituelle de deux heures. Pourquoi ? Parce qu’au départ, il y a Jon Lucas et Scott Moore, les scénaristes de Very Bad Trip, capables de tirer des scènes originales et de moderniser des thèmes récurrents de la comédie (ici l’échange de corps). Parce que David Dobkin fournit un bon boulot de mise en scène, préférant assumer pleinement l’influence des succès comiques des années 80-90 plutôt que de céder aux tics clipesques agaçants des productions actuelles. Parce que Jason Bateman et Ryan Reynolds assurent le spectacle et éclatent une fois de plus leur statut injuste d’acteurs sous-estimés et sous-exploités : Bateman est toujours bon et possède un incroyable capital sympathie, et Reynolds était bien un des seuls aspects positifs de Green Lantern. Propulsés meilleurs potes aux vies diamétralement opposées, ils forment un duo à la dynamique et au dynamisme implacable, enchaînant les séquences avec une absence totale du sens d’humiliation qui déclenche des fous-rires à répétition. Indéniablement une des meilleurs comédies de cette année !






