AVANT-PREMIÈRE Fallait-il, seulement deux et demi après la première, livrer une nouvelle adaptation du roman à succès de Stieg Larsson ? D'emblée, on répondra non, tant les films/mini-série télé suédois n'avaient à faire rougir personne et rendait justice au matériau d'origine. Et puis David Fincher débarque avec son Millenium : Les Hommes qui n'aimaient pas les Femmes (The Girl with the Dragon Tattoo) et toutes les réticences s'envolent bien rapidement, tant le réalisateur américain prouve une fois de plus qu'il est un des cinéastes les plus solides de notre époque...
Mikael Blomkvist, brillant journaliste d’investigation, est engagé par un des plus puissants industriels de Suède, Henrik Vanger, pour enquêter sur la disparition de sa nièce, Harriet, survenue des années auparavant. Vanger est convaincu qu’elle a été assassinée par un membre de sa propre famille. Lisbeth Salander, jeune femme rebelle mais enquêtrice exceptionnelle, est chargée de se renseigner sur Blomkvist, ce qui va finalement la conduire à travailler avec lui...
ADAPTATION
Au petit jeu casse-gueule de la ré-adaptation, Fincher et son scénariste Steven Zaillian (le très récent et très bon Le Stratège) s'en tire avec les honneurs, n'alignant au final que des choix intelligents. Et en premier lieu celui de ne pas délocaliser le récit et maintenir Millenium : Les Hommes qui n'aimaient pas les Femmes en Suède. On aurait pu penser que le réalisateur succomberait à la tentation de transposer le bouquin de Larsson aux États-Unis, mais c'eut été trahir les pages du romancier, dont l'intrigue est profondément ancré dans le passé et le présent suédois. Bien sûr, les deux larrons n'hésitent pas à recalibrer ça et là des détails de l'enquête, la rendant au final plus claire en préservant sa complexité. Mais là où Fincher et Zaillian savaient qu'ils ne devaient (pouvaient) pas modifier une ligne, c'est bien dans son couple d'anti-héros. Et là encore, Blomqvist et Lisbeth sont à ce point inaltérables par leur charisme et à ce point compatible avec les protagonistes habituels de la cinématographie de Fincher que le réalisateur parvient à se les approprier sans difficulté.
FROID
Et ce n'est finalement qu'au sein de ce couple hybride que naît la chaleur humaine que le film se refuse à tout autre moment. A l'image du pays et des romans, le film est d'un froid glacial. Et là où l'adaptation de 2009 de Niels Arden Oplev convoquait des couleurs chaudes mais une quasi-absence d'humour, Fincher fait le pari contraire et émaille de touches légères une superbe photographie tout en teintes de bleu qui retranscrit à merveille une ambiance délétère et désespérée. Atténuant son maniérisme comme il l'avait déjà fait dans Social Network, le réalisateur signe une réalisation parfaite, faussement austère et diablement proche des sentiments de personnages qui passent leur temps à les refouler. A coup de travellings lancinants et d'un montage millimétré, Fincher nous rappelle que les émotions les plus pures viennent souvent du cinéma le plus simple. Exception faite toutefois d'un générique absolument magnifique (voir vidéo ci-dessous) qui imprime en une poignée d'images ciselée la tonalité de ce qui va suivre.
MISOGYNES
Thème principal du bouquin, qui ne s'intitule pas "Les Hommes qui n'aimaient pas les Femmes" pour rien, la misogynie est ici aussi la clé de voûte du film. Alors qu'il met plus souvent en scène des hommes, Fincher ne filme au final que des femmes de caractère (Sigourney Weaver dans Alien 3, Jodie Foster dans Panic Room), obligées de se montrer plus fortes que le sexe opposé pour exister. Avec Lisbeth Salander, il a l'occasion de raconter une de ces femmes et s'approprie parfaitement la thématique de la violence faite aux femmes et le propos très féministe déjà présent dans les pages de Larsson. Et cette misogynie contemporaine et très "ordinaire" est traitée avec beaucoup de punch ici, faisant du respect de la femme la ligne qui sépare les bons des salauds. En dehors de ça, le film de Fincher traite de tous les thèmes de la saga littéraire (presse en déclin, passé nazi, riches criminels) et on regrettera juste qu'il n'y ait pas plus mis sa patte et ne se soit pas plus impliqué personnellement dans l'histoire. Mais c'est un bien maigre reproche en comparaison avec la réussite massive de l'ensemble.
~ Sortie le 18 janvier 2012 ~
Tags: Christopher Plummer, Daniel Craig, David Fincher, Millenium, Millenium : Les Hommes qui n'aimaient pas les Femmes, Rooney Mara, Steven Zaillian, Stieg Larsson, The Girl with the Dragon Tattoo




Laisser un commentaire