
Même si le thriller est un des seuls genres décemment développés dans le cinéma français, Möbius faisait preuve dès le départ d’une marginalité assumée. Mêlant les langues, les pays et les nationalités d’acteurs autour d’une intrigue aux contours flous. Au final, on a tout entendu et son contraire sur le nouveau long-métrage d’Éric Rochant, et c’est peut-être parce qu’il résulte en un objet marginal, tout aussi captivant que déroutant…
Grégory Lioubov, un officier des services secrets russes est envoyé à Monaco afin de surveiller les agissements d’un puissant homme d’affaires. Dans le cadre de cette mission, son équipe recrute Alice, une surdouée de la finance. Soupçonnant sa trahison, Grégory va rompre la règle d’or et entrer en contact avec Alice, son agent infiltré. Naît entre eux une passion impossible qui va inexorablement précipiter leur chute…
ÉTRANGE
Au sortir de la salle, je dois bien avouer que je ne savais pas si j’avais aimé Möbius. Peut-être parce qu’en dehors d’une belle et cruelle histoire d’amour, on a du mal à ressentir quoi que ce soit d’intense ou de profond face à cet proposition de cinéma finalement très austère où Rochant taille son récit dans les silences, les non-dits et les conversations techniques. Quasiment dénué d’action (hormis une très belle scène de bagarre dans un ascenseur), c’est un film d’espionnage à l’ancienne qui nous est donné à voir, plus proche de La Taupe que du dernier James Bond. Les scènes s’enchaînent calmement, sereinement, sans jamais se bousculer ou nous bousculer et posent les bornes d’une ambiance délétère et inhospitalière où on frôle constamment le malaise.
JEU
Autant le dire d’emblée, si la réalisation de Möbius est plutôt dans le haut du panier de ce que l’hexagone peut produire, on est bien loin des ambitions annoncées et attendues par ce jeu de dupes, d’échec et de massacre pourtant savamment orchestré sur le papier, mais qui manque de mordant et de fougue à l’écran. Et qui, surtout, semble bien fauché en comparaison avec la quantité impressionnante de subventions régionales et nationales avec lesquelles le générique nous agresse dès les premières minutes. On se demande bien vite où est passé tout cet argent à l’écran, qui projette trop souvent des décors sans âme qui font toc. Heureusement, Rochant prend par contre le soin de mettre en scène ses acteurs, et ce qu’il perd visuellement, il le gagne émotionnellement.
PRÉCISION
Tout est question d’exactitude et de précision. De vrais mensonges et de faux pas. Et au milieu de tout ça, la pureté des sentiments les plus primaux et les plus irrépressibles viennent enrayer la mécanique et insuffler, enfin, de la vie aux machinations financières et bureaucratiques. Avec un sens du détail et une subtilité rare, Rochant filme deux grands acteurs qui joue l’amour le plus pur, celui qui n’a ni raison ni réflexion, celui qui vibre dans chaque scène qui réunit Jean Dujardin et Cécile de France. Intense et érotique sans jamais tomber dans le glam vulgaire, leur relation a quelques chose d’animal chez ses deux êtres qui s’étaient tout entiers dédiés à la façade et aux apparences. On aura rarement vu plus belles scènes de sexe au cinéma, montrant les corps comme exutoires des sentiments. Dujardin et De France sont fascinants, presque hypnotiques, et c’est bien leur histoire qui nous intéresse ici, superbe et sombre, dont la conclusion incroyablement ignoble n’empêche pas une ultime scène d’une justesse et d’une douceur tétanisante.









bravo Mr Wolf
tout à fait d´accord avec vous pour votre analyse
c´est effectivement l´impression que laisse le film à la sortie de la salle
bien vu et bien dit comme d´hab !