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La France est un pays dont les habitants ont été désignés trop trouillards par les distributeurs pour aller voir des films d’horreur en salles. Donc, quand un représentant du genre parvient à sortir sur grand écran, c’est soit parce qu’il est particulièrement bon, soit particulièrement mauvais (je ne cite pas d’exemples, ils vous viendront tous seuls). Et vu que Scott Derrickson n’est pas vraiment réputé pour avoir enfanté des classiques instantanés, on craignait que Sinister ne tombe dans la seconde catégorie. A la place, on a eu droit à une œuvre aussi flippante que réussie. Mince…
Ellison est un auteur de romans policiers inspirés de faits réels. Dans l’espoir d’écrire un nouveau livre à succès, il emménage avec sa famille dans une maison où les anciens propriétaires ont été retrouvés inexplicablement pendus. Ellison y découvre dans le grenier des bobines 8mm contenant les images de meurtres d’autres familles. Qui a filmé ces tueries et pour quelle raison ? Ellison va tenter de répondre à ces questions tandis que le tueur présumé, une entité surnaturelle présente sur les films, menace de plus en plus sa famille…
CHANCE
Devant comme derrière la caméra, Sinister est une histoire de seconde chance. Pour le père de famille interprété par Ethan Hawke, et pour l’acteur lui-même. Star dans les années 90, Hawke peine depuis le changement de millénaire à trouver la place qui lui est due à Hollywood. Ce n’est pas faute d’avoir enchaîné des rôles sympathiques avec charisme (on pense à Daybreakers), mais il ne fait clairement pas partie du groupe de stars qui trustent le box-office et les récompenses. Là , il prouve réellement toute l’étendue de son talent. Sans déborder, sans faire l’acteur, Hawke incarne Ellison Oswalt avec force, conviction et surtout un sens du naturel bluffant. Ne se mettant jamais en avant et laissant l’intrigue le diriger, l’acteur relève avec aisance l’exercice compliqué d’être le référent quasi-unique du spectateur (il est dans les trois quarts des plans). De l’autre côté de la caméra, Scott Derrickson a droit à une autre chance. Après avoir livré un Jour où la Terre s’arrêta pataud et le mal-aimé L’Exorcisme d’Emily Rose, le réalisateur convainc ici autant qu’il a déçu par le passé.
SCRIPT
Et si Derrickson s’en tire aussi bien, c’est probablement grâce à un script bien troussé (par lui-même et C. Robert Cargill). On lit ça et là que le scénario de Sinister s’est écrit sur un timbre-poste ou encore qu’il est d’une maigreur maladive. Sauf que le film n’est ni un drame social ni une fresque historique mais un film d’horreur. Et pour une fois, contrairement à nombre de ses congénères actuels, un film d’horreur qui a quelques chose à dire en dehors des séquences d’épouvante. Il faut d’emblée reconnaître le soin tout particulier apporté aux dialogues. Que ce soit une engueulade de couple ou une discussion surréaliste avec l’officier Machin, on y croit réellement, et les répliques sonnent juste et vrai. La façon la plus efficace de donner du corps au film et de donner autant d’importance à l’histoire qu’à la peur, si bien qu’aucune d’elles n’a jamais l’air d’être l’excuse de l’autre. Et dans une période où le genre préfère se reposer sur une ambiance pas toujours top qui lui donnent plus des air d’attraction foraine que de cinéma, c’est quand même sacrément agréable de ne pas avoir un script anémique.
FLIPPE
Et c’est justement parce que les personnages sont palpables et les enjeux marqués qu’on s’attache rapidement au déroulement des événements et aux victimes qu’ils font. Du coup, loin d’un Paranormal Activity où les acteurs ne sont là que pour peupler l’image, on s’attache réellement à Ethan Hawke et sa petite famille fictionnelle. D’autant que Derrickson semble maintenant avoir pigé l’intérêt des parti-pris et souffle dans sa création un vrai vent artistique. Sa réalisation préfère un certain classicisme posé, à l’opposé complet de la mode en vigueur, qui se révèle bien plus flippant que n’importe quelle caméra au poing en convulsion. On prend le temps d’installer une ambiance, une tension et de laisser souffler le spectateur en relâchant la pression. De plus, Sinister détourne habilement la mode du found-footage (vidéo amateur retrouvée) en mettant au cÅ“ur de son récit une collection morbide de films super 8 qui mettent bien les fois. C’est d’ailleurs sur une de ces vidéos perverses que s’ouvre le métrage, une annonce aussi réjouissante que dérangeante sous forme de programme ou plutôt de promesse que Derrickson réussit à tenir jusqu’au bout, dans un final où le surnaturel prend complètement le contrôle du film pour une séquence d’où n’est pas absente une certaine poésie.












« Le mal-aimé L’Exorcisme d’Emily Rose » on sent bien la patte de l’auteur.. Cette ambiance qui s’installe afin de nous surprendre au plus vif était déjà présente.. Certes pas suffisamment poussée encore, mais c’était un début!
En tous cas, Sinister est un très bon résultat, un bon film à chair de poule ;)