
Compétition Internationale
On avait un peu les boules de l’avoir loupé à Cannes avec Mr Bear lors d’une journée pleine de déconvenues. On allait donc pas louper sa diffusion « sur nos terres » au FEFFS. Si Antiviral a fait le buzz avant tout parce que Brandon Cronenberg est le rejeton de qui-vous-savez, c’est bien grâce à ses qualités intrinsèques qu’il crée l’événement. Sachez-le, le premier film de Cronenberg Jr est unique et déglingué, dans le bon sens du terme…
Syd March est employé d’une clinique qui se spécialise dans la vente de virus, cultivés sur la peau de célébrités, à des fans obsédés. Une communion biologique, pour un certain prix. Syd vend aussi illégalement des échantillons de ces virus à des groupes criminalisés en les volant de la clinique pour laquelle il travaille après les avoir introduits dans son propre corps. Lorsqu’il devient infecté par le virus ayant causé la mort de la célébrité Hannah Geist, Syd devient une cible pour les collectionneurs et les fans en délire. Il doit alors élucider le mystère entourant sa mort avant d’arriver à la même fin tragique…
Profitons du fait que vous ayez (normalement) lu le synopsis avant de lire cette critique pour commencer par le point le plus effarant d’Antiviral : son scénario. A une époque où on se plaint devant un film sur deux de la pauvreté ou du sentiment de déjà-vu des scripts, c’est un petit bonheur de se trouver face à une œuvre aussi originale dans ses thèmes et la façon dont elle les aborde. Partant du concept chtarbé que le moyen le plus direct pour un fan de se mettre dans la peau d’une star est de partager une maladie qu’elle a contracté, Cronenberg va petit à petit dessiner toutes les façons d’exploiter un star-system poussé à l’extrême et construit sur un vide psychologique vertigineux voilé par une surexpression des corps. Des corps qui sont au centre du métrage. A la fois objets de désir et vecteurs de répulsion, ils sont filmés par le réalisateur avec une proximité perverse, à tel point que la répétition des piqûres d’aiguille finit par ne plus nous toucher.
Ces corps, Cronenberg les maltraite, les bouscule et les décompose (le glaçant plan de fin) avec un savoir-faire effronté, leur infligeant les douleurs de l’esprit sans concession. Ici, la maladie devient une norme acceptable et les symptomes intenses que ressent Syd pendant la moitié du temps deviennent secondaires pour le spectateur. Parce que si Cronenberg développe son intrigue dans un univers froid, clinique et minimaliste parfaitement maîtrisé, celui-ci est habité par des hommes et des femmes dont les sentiments s’affichent fortement. Caleb Landry Jones, dans la peau traumatisée de Syd, est tout bonnement incroyable. Extrêmement pâle et calme au départ, il finit par être infecté par les sentiments comme par la maladie et il se retrouve acculé par tous ceux qui l’entourent. Une raison largement suffisante de laisser exploser une rage intense née dans l’instinct de survie, dernière parcelle d’humanité qu’il lui reste avant qu’il plonge définitivement. « Dans la santé comme dans la maladie », Jones s’impose comme un des jeunes espoirs déjà incontournables du cinéma US.
Il y aurait tant à dire sur Antiviral, le film ayant lui-même beaucoup à partager. Mais ce serait rompre bêtement l’aura de mystère qui l’entoure avant, pendant et toujours après la projection, tant il manie des idées dérangées et impromptues. Renversant.



