CINÉMA

18 septembre 2012

FEFFS ’12 : Antiviral, star système immunitaire

Compétition Internationale

On avait un peu les boules de l’avoir loupé à Cannes avec Mr Bear lors d’une journée pleine de déconvenues. On allait donc pas louper sa diffusion « sur nos terres » au FEFFS. Si Antiviral a fait le buzz avant tout parce que Brandon Cronenberg est le rejeton de qui-vous-savez, c’est bien grâce à ses qualités intrinsèques qu’il crée l’événement. Sachez-le, le premier film de Cronenberg Jr est unique et déglingué, dans le bon sens du terme…

Syd March est employé d’une clinique qui se spécialise dans la vente de virus, cultivés sur la peau de célébrités, à des fans obsédés. Une communion biologique, pour un certain prix. Syd vend aussi illégalement des échantillons de ces virus à des groupes criminalisés en les volant de la clinique pour laquelle il travaille après les avoir introduits dans son propre corps. Lorsqu’il devient infecté par le virus ayant causé la mort de la célébrité Hannah Geist, Syd devient une cible pour les collectionneurs et les fans en délire. Il doit alors élucider le mystère entourant sa mort avant d’arriver à la même fin tragique…

Profitons du fait que vous ayez (normalement) lu le synopsis avant de lire cette critique pour commencer par le point le plus effarant d’Antiviral : son scénario. A une époque où on se plaint devant un film sur deux de la pauvreté ou du sentiment de déjà-vu des scripts, c’est un petit bonheur de se trouver face à une œuvre aussi originale dans ses thèmes et la façon dont elle les aborde. Partant du concept chtarbé que le moyen le plus direct pour un fan de se mettre dans la peau d’une star est de partager une maladie qu’elle a contracté, Cronenberg va petit à petit dessiner toutes les façons d’exploiter un star-system poussé à l’extrême et construit sur un vide psychologique vertigineux voilé par une surexpression des corps. Des corps qui sont au centre du métrage. A la fois objets de désir et vecteurs de répulsion, ils sont filmés par le réalisateur avec une proximité perverse, à tel point que la répétition des piqûres d’aiguille finit par ne plus nous toucher.

Ces corps, Cronenberg les maltraite, les bouscule et les décompose (le glaçant plan de fin) avec un savoir-faire effronté, leur infligeant les douleurs de l’esprit sans concession. Ici, la maladie devient une norme acceptable et les symptomes intenses que ressent Syd pendant la moitié du temps deviennent secondaires pour le spectateur. Parce que si Cronenberg développe son intrigue dans un univers froid, clinique et minimaliste parfaitement maîtrisé, celui-ci est habité par des hommes et des femmes dont les sentiments s’affichent fortement. Caleb Landry Jones, dans la peau traumatisée de Syd, est tout bonnement incroyable. Extrêmement pâle et calme au départ, il finit par être infecté par les sentiments comme par la maladie et il se retrouve acculé par tous ceux qui l’entourent. Une raison largement suffisante de laisser exploser une rage intense née dans l’instinct de survie, dernière parcelle d’humanité qu’il lui reste avant qu’il plonge définitivement. « Dans la santé comme dans la maladie », Jones s’impose comme un des jeunes espoirs déjà incontournables du cinéma US.

Il y aurait tant à dire sur Antiviral, le film ayant lui-même beaucoup à partager. Mais ce serait rompre bêtement l’aura de mystère qui l’entoure avant, pendant et toujours après la projection, tant il manie des idées dérangées et impromptues. Renversant.

Sortie française indéterminée

VOIR TOUS LES ARTICLES SUR LE FEFFS 2012



à propos de l'auteur

Mr Wolf
Co-créateur du Mainstream Club et auteur de la première heure, Mr Wolf est réputé pour avoir une pilosité aussi imposante que l'animal derrière lequel il se cache. Passionné par les comics, le cinéma et les séries, il a pour mot d'ordre de ne parler que des choses qu'il aime et de ne jamais écrire pour démolir. On raconte qu'il aurait tué une meute d'ours à mains nues et conquis la Russie en 768, mais aussi plausibles qu'elles soient, ces légendes n'ont jamais pu être vérifiées...




 
 

 
MAN OF STEEL

LA CLAQUE : Man of Steel

Superman est certainement un des personnages de culture populaire les plus reconnus à travers le monde. A tel point qu’on eut sortir un film sans citer son nom dans le titre. Man of Steel était attendu comme le Graal pa...
par Mr Wolf
2

 
 
CANNES 2013 Muhammad Ali's Greatest Fight 1

CANNES 2013 : Muhammad Ali’s Greatest Fight, dura lex

Sélection Officielle Séance Spéciale A voir ses films, Stephen Frears ne fait pas ses 71 ans. Enlevés, dynamiques et mordants, ses œuvres reflètent parfaitement la jeunesse ébouriffante dont il fait preuve en enchaînant...
par Mr Wolf
0

 
 
CANNES 2013 We Are What We Are 1

CANNES 2013 : We Are What We Are, l’heurt du repas

Quinzaine des Réalisateurs Tous les ans, la Quinzaine des Réalisateurs prend des risques que la Sélection Officielle ne s’impose (malheureusement) pas et programme des films de genre qui s’affichent comme tels. E...
par Mr Wolf
0

 

 
D'UNE PAIRE DEUX COUPS L’Écume des Jours 1

D’UNE PAIRE DEUX COUPS : L’Écume des Jours, bouts de ficelle

Amours Étranges 2/2 Il y a en ce moment au cinéma deux films qui content des histoires d’amour étranges et particulières dans des mondes qui le sont tout autant. A ma droite Upside Down, deuxième long-métrage du ré...
par Mr Wolf
1

 
 
D'UNE PAIRE DEUX COUPS Upside Down 1

D’UNE PAIRE DEUX COUPS : Upside Down, l’esthète en bas

Amours Étranges 1/2 Il y a en ce moment au cinéma deux films qui content des histoires d’amour étranges et particulières dans des mondes qui le sont tout autant. A ma droite Upside Down, deuxième long-métrage du ré...
par Mr Wolf
0

 
 
IMG_5538.CR2

EN QUELQUES MOTS : Dead Man Down, tout en revanche

Le thriller, ces derniers temps, est devenu un des genres cinématographiques les plus utilisés… et donc les plus massacrés. On voit fleurir chaque semaine des policiers sans saveur qui ne donnent même pas envie de se ...
par Mr Wolf
0

 




0 Comments


Commenter !


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>