CINÉMA

18 septembre 2012

FEFFS ’12 : Doomsday Book, les fins du monde

La Corée du Sud n’a pas son pareil pour nous cracher tous les ans des talents frais aux aptitudes techniques et narratives impressionnantes. Kim Jee-woon et Yim Pil-Sung ne sont pas à proprement parler des nouveaux venus et ils mettent leur savoir-faire au service de Doomsday Book, une anthologie apocalyptique en trois segments qui sont autant de visions décalées de la fin du monde…

« A Brave New World » de Yim Pil-Sung

Une contamination alimentaire qui se développe dans Séoul, rendant les infectés aussi voraces que des zombies, alors que les médias tentent d’étouffer les causes réelles de l’épidémie…

Si le concept du virus mutant n’est pas à proprement parler inédit, Yim mène sa barque avec une fougue et une originalité stimulante. Si le jeu comique outré typiquement asiatique de certains personnages (notamment le principal) peut faire lâcher certains spectateurs inhabitués, l’exécution de Yim est captivante. Parce que l’écriture est assurée, cumulant des scènes originales et inattendues qui font avancer le récit et la propagation de l’épidémie de façon décalée. Le réalisateur sait y faire et le parcours de l’infection est particulièrement réussi, culminant sur des gros plans de viandes dégueulasses et inquiétants. Tout du long bizarrement fun, le segment se clôt sur un plan très poétique où Yim réinvente le mythe d’Adam et Eve.

« The Heavenly Creature » de Kim Jee-woon

Dans un monastère bouddhiste, les moines sont persuadés que leur robot de compagnie a atteint l’illumination et est la réincarnation de Bouddha. La corporation ayant fabriqué l’androïde envoie alors un ingénieur pour vérifier si la machine est défectueuse. Les philosophies antagonistes des moines et des cartésiens vont s’opposer pour décider du sort du robot…

Bon, soyons honnêtes, la journée remplie a suffit à ce que le peu de sommeil des nuits précédentes se voit légèrement rattrapé ici. J’ai lutté, promis, mais le corps est parfois plus fort que l’esprit. C’est justement tout le contraire ici, où l’esprit divin s’approprie un corps artificiel. Un poil bavard mais réellement passionnant (malgré tout) dans les concepts philosophiques qu’il développe, le premier segment de Kim tranche dans la globalité de Doomsday Book par sa mise en scène racée et posée. Extrêmement sérieuse et premier degré, l’histoire se veut un voyage initiatique à travers une longue conversation sur la foi, sans jamais tomber dans le prosélytisme religieux. Fascinant (quand on est en forme).

« Happy Birthday » de Kim Jee-woon

L’approche imminente d’une météorite menace la Terre. Deux ans auparavant, la jeune Min-seo a commandé une boule de billard sur un site internet. Enfermés dans un abris sous-terrain, Min-seo et sa famille commencent à comprendre que les deux événement sont liés, en attendant la fin du monde…

Ce dernier segment, lui aussi œuvre de Kim, est à mille lieux du précédent. Clairement le plus what-the-fuck des trois, cette partie part narrativement complètement en couilles pour déboucher sur une ambiance cartoonesque totalement surréaliste dans ses explications. Bourré d’humour et conduit par des personnages charmants aux caractères très marqués, « Happy Birthday » ne se prend jamais au sérieux tout en étant réaliser avec la plus grande application (les décors et les plans larges finaux sont maousses). Et on se marre clairement lorsque Kim nous propose aussi d’assister aux dernières transmissions télévisuelles avec un journal télévisé où rien ne va plus. Joliment absurde et complètement réjouissant.

En fin de compte, Doomsday Book est une anthologie aussi réussie dans sa globalité (aucun segment ne ressemble à un autre et on ne s’encombre pas d’un fil rouge) que dans les spécificités des parties, chacune apportant sa pierre à l’édifice avec un univers et un ton très affirmé.

Sortie française indéterminée

VOIR TOUS LES ARTICLES SUR LE FEFFS 2012



à propos de l'auteur

Mr Wolf
Co-créateur du Mainstream Club et auteur de la première heure, Mr Wolf est réputé pour avoir une pilosité aussi imposante que l'animal derrière lequel il se cache. Passionné par les comics, le cinéma et les séries, il a pour mot d'ordre de ne parler que des choses qu'il aime et de ne jamais écrire pour démolir. On raconte qu'il aurait tué une meute d'ours à mains nues et conquis la Russie en 768, mais aussi plausibles qu'elles soient, ces légendes n'ont jamais pu être vérifiées...




 
 

 
MAN OF STEEL

LA CLAQUE : Man of Steel

Superman est certainement un des personnages de culture populaire les plus reconnus à travers le monde. A tel point qu’on eut sortir un film sans citer son nom dans le titre. Man of Steel était attendu comme le Graal pa...
par Mr Wolf
2

 
 
CANNES 2013 Muhammad Ali's Greatest Fight 1

CANNES 2013 : Muhammad Ali’s Greatest Fight, dura lex

Sélection Officielle Séance Spéciale A voir ses films, Stephen Frears ne fait pas ses 71 ans. Enlevés, dynamiques et mordants, ses œuvres reflètent parfaitement la jeunesse ébouriffante dont il fait preuve en enchaînant...
par Mr Wolf
0

 
 
CANNES 2013 We Are What We Are 1

CANNES 2013 : We Are What We Are, l’heurt du repas

Quinzaine des Réalisateurs Tous les ans, la Quinzaine des Réalisateurs prend des risques que la Sélection Officielle ne s’impose (malheureusement) pas et programme des films de genre qui s’affichent comme tels. E...
par Mr Wolf
0

 

 
D'UNE PAIRE DEUX COUPS L’Écume des Jours 1

D’UNE PAIRE DEUX COUPS : L’Écume des Jours, bouts de ficelle

Amours Étranges 2/2 Il y a en ce moment au cinéma deux films qui content des histoires d’amour étranges et particulières dans des mondes qui le sont tout autant. A ma droite Upside Down, deuxième long-métrage du ré...
par Mr Wolf
1

 
 
D'UNE PAIRE DEUX COUPS Upside Down 1

D’UNE PAIRE DEUX COUPS : Upside Down, l’esthète en bas

Amours Étranges 1/2 Il y a en ce moment au cinéma deux films qui content des histoires d’amour étranges et particulières dans des mondes qui le sont tout autant. A ma droite Upside Down, deuxième long-métrage du ré...
par Mr Wolf
0

 
 
IMG_5538.CR2

EN QUELQUES MOTS : Dead Man Down, tout en revanche

Le thriller, ces derniers temps, est devenu un des genres cinématographiques les plus utilisés… et donc les plus massacrés. On voit fleurir chaque semaine des policiers sans saveur qui ne donnent même pas envie de se ...
par Mr Wolf
0

 




0 Comments


Commenter !


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>