
Compétition Internationale
« Oh non, un film de cannibale, ce sera sans moi ! » C’est vrai qu’à avoir mieux choisi son titre, Eddie – The Sleepwalking Cannibal aurait pu échapper à ce type d’a-prioris finalement très réducteurs puisque le film est bien moins gore et bien moins centré sur le cannibalisme que son titre un poil maladroit le laisse entendre. Parce que malgré sa titraille gorasse (et son affiche à côté de la plaque), le film de Boris Rodriguez cache des thématiques bien plus fines…
Lars, un jeune artiste danois ayant connu une renommée mondiale, n’a plus rien créé depuis des années. Il devait son inspiration passée à un terrible accident mais, après s’être remis du traumatisme, est devenu un peintre médiocre. Son marchand d’art, inquiet, lui trouve un emploi de professeur dans un lycée très fortuné au fin fond du Canada. Lars en vient à s’occuper particulièrement d’un de ses élèves, Eddie, un géant doux mais simple d’esprit, qui échappe au placement en institution grâce à la fortune léguée au lycée par sa tante. Mais Eddie cache un sombre secret, qui s’avère extrêmement destructif pour certains, extrêmement lucratif pour d’autres…
Vous le croiriez, vous, si un film sur un somnambule cannibale cachait en fait une réflexion acerbe sur l’art et les extrémités vers lesquels il pousse ceux qui y dédient sa vie ? Moi non plus, au départ… Et pourtant, Eddie – The Sleepwalking Cannibal est exactement ça : le film est bien plus normal et bien moins sanglant qu’il ne voudrait le faire croire (même si les scènes où Eddie se déchaîne valent leur pesant d’hémoglobine et de membres arrachés). L’horreur, si elle reste graphique par éruptions, se veut d’abord psychologique en auscultant minutieusement les mécanismes sociaux et mentaux qui vont pousser l’artiste déchu qu’est Lars à cautionner puis provoquer des crimes affreux dont la charge visuelle et émotionnelle va déclencher chez lui la flamme pour peindre ses meilleures toiles.
Film sur l’art et les limites de la moralité, Eddie – The Sleepwalking Cannibal aurait tout aussi bien pu être un vampire ou un loup-garou. Mais le choix de Rodriguez se justifie par une envie du réalisateur de ne pas détourner l’attention du spectateur vers des éléments trop fantastiques qui viendraient atténuer le réalisme de son histoire. Misant énormément sur l’ambiance et une caméra calme et calculatrice (au risque de livrer un deuxième tiers qui tire en longueur), Rodriguez parvient à rendre palpables les mésaventures de Lars et les errements d’Eddie. Des rôles principaux portés par deux acteurs déterminés : un Thure Lindhardt d’une grande précision en type banal qui veut plus que tout dépasser sa normalité et un Dylan Smith mutique et monolithique, tantôt extrêmement attendrissant, tantôt carrément flippant. Jamais déprimant et très souvent juste, le film de Rodriguez est une surprise bienvenue, qui ouvre l’horreur vers d’autres sujets en détournant ses clichés pour étayer ses propres thèses. Malin.





