
Compétition Internationale
Je ne sais pas combien de milliards de films sont diffusés à Sundance chaque année, mais on finit par croire que tous les longs-métrages indépendants y sont présentés chaque année. Rebelote avec Excision, premier film de Norman Bates Jr et premier choc. Enfin presque, puisqu’au-delà d’un titre provoc qui n’a aucun lien avec l’histoire (si ?…), le choc n’est pas aussi puissant que bande-annonce et affiche pouvaient le laisser entendre…
Rejetée à l’école et source de déception à la maison, Pauline est une jeune fille maladroite, étrangère à tout. Elle est pourtant brillante mais n’arrive cependant pas à entrer dans le moule, aussi bien dans son lycée chic qu’au sein de sa famille déséquilibrée – sa mère bourgeoise coincée, son père très peu viril et sa sœur bien aimée de 12 ans, Grace. Grace, elle, est magnifique, “normale”, mais se meurt de la mucoviscidose. Pauline rêve d’être chirurgienne, elle est maladivement attirée par la chair et par l’univers de la médecine et entreprend de guérir Grace…
Bon, je m’attendais à ce qu’Excision soit nettement plus trash. Pas que le film soit au final une bluette gnan-gnan, pas du tout. Mais le traitement est bien moins subversif que ne peut l’être son héroïne. Interprétée par une AnnaLyne McCord méconnaissable en souillon m’en-foutiste et dérangée, le personnage de Pauline représente bien la tache rouge sang sur la robe immaculée du microcosme familial et scolaire qui gravite autour d’elle. Pour autant, Bates Jr ne tombe jamais dans l’outrance et écrit Pauline comme une ado « normale », c’est-à-dire complètement déphasée avec son entourage. Fascinée par le corps et ses rouages mais bien peu par son propre apparence, la jeune femme est bourrée de contradictions à mesure qu’elle se découvre elle-même et se rêve chirurgienne pour assouvir sa passion.
Les pulsions de Pauline sont imagées par des séquences oniriques aussi cliniques que sanglantes, où s’exprime pleinement toute la perversion de la jeune fille, profondément excitée par le morbide. Mais tout le sel et la saveur d’Excision se trouve dans les interactions de l’héroïne avec ceux qui gravitent autour d’elle. Tous sont campés par des tronches connues, soit du cinéma de genre (John Waters, Malcolm McDowell, Ray Wise), soit de la télé (Roger Bart, Ariel Winter) et même l’ex-star du porno Tracy Lords, qui incarne ici une mère BCBG incapable de comprendre les autres et général, et sa fille en particulier. C’est sur leur relation principalement que se fixe Bates Jr, en faisant l’exemple symptomatique des névroses adolescentes et parentales. Le jeune réalisateur poussera même le vice jusqu’à clore son film sur une note violente et désespérée, où il nous quitte d’un coup en nous laissant face à l’horreur des conséquences de ce qu’il avait passé son temps à normaliser.








