CINÉMA

25 septembre 2012

FEFFS ’12 : Jack & Diane + The Fourth Dimension

Séances Crossovers

On regroupe les Séances Crossovers du festival en parlant coup sur coup de deux films assez peu semblables mais partageant un goût certain pour le fantastique ténu. A ma gauche, Jack & Diane, une romance ado lesbienne un peu fade. A ma droite, The Fourth Dimension, un film à sketches (décidément, c’est à la mode) par de jeunes réalisateurs prometteurs…

Jack & Diane, the devil inside

Lorsque Diane, belle et délicate, rencontre Jack qui, aux antipodes, est une fausse bad-girl skate boardeuse, lors d’une journée d’été de rêve à New York, elles tombent amoureuses. C’est doux, hip et gay, peut-être bien un premier amour pour toutes les deux. L’innocence de Diane commence à ouvrir le cœur endurci de garçon manqué de Jack, mais Diane est tellement bouleversée par ses nouveaux sentiments intenses qu’elle panique. Son tourment inavouable se manifeste par de petites choses et des monstres terrifiants, causant de violents changements à son corps quand elle se transforme en dévoreuse de chair. Jack découvre alors que Diane va partir pour Paris à la fin de l’été pour étudier le stylisme et, le cœur brisé, elle va la rejeter…

Bon, mieux vaut le dire d’emblée : Jack & Diane n’est pas exceptionnel. Sans être honteux et irregardable non plus, le film de Bradley Rust Gray pêche par manque de rigueur. A ne jamais trop savoir ce qu’il veut faire, Gray se perd dans une romance déjà vue et sans grande passion. Le grand bien qu’il fait aux lesbiennes, c’est justement de montrer que leurs romances sont aussi timides et plates que celles des hétéros. Et ainsi, il ne se passe pas grand-chose dans ce film où les héroïnes passent le plus clair de leur temps assises ou couchées. Attention : les deux actrices, Juno Temple et Riley Keough, sauvent le film rien qu’avec leur prestation juste et touchante, mais on se demande bien ce que cette histoire de monstre, qu’on aurait préférée pas métaphorique, vient faire là-dedans. Elle est l’occasion de superbes séquences d’animation qui finalement ne mènent nulle part ailleurs que vers une fin tristounette mais là aussi trop réaliste pour éveiller notre intérêt. En soi, on se dit que l’heure vingt-quatre sur laquelle s’étend le film aurait gagné à être compressé en un court-métrage.

Sortie française indéterminée

 

The Fourth Dimension, quatre divisé par trois

Que se passe-t-il quand on demande à trois réalisateurs inventifs de donner leur interprétation d’une quatrième dimension qui serait un niveau supérieur de l’existence, à même de transformer la vision du monde de ceux qui en feraient l’expérience ? Dans « The Lotus Community Workshop », Val Kilmer est Val Kilmer, un « motivateur » qui professe la bonne parole aux marginaux et aux exclus à L.A. avec la ferveur un peu dingue d’un fondamentaliste new age. Dans « Chronoeye », un scientifique maussade a inventé un programme à voyager dans le passé lui permettant d’explorer l’Histoire. Mais, capricieuse, sa machine lui joue des tours. Dans « Fawns », la Pologne est menacée d’une inondation apocalyptique. Des jeunes, désœuvrés et désillusionnés, s’attardent dans un village évacué et se livrent à des mises à sac dérisoires…

Inventives et surprenantes, les visions des trois réalisateurs surprennent avant tout par leurs différences radicales mais sonnent comme autant d’essais transformés de parler de cette notion subjective qu’est la quatrième dimension. Harmony Korine signe avec « The Lotus Community Workshop » un objet barré et taré à l’image d’un Val Kilmer surexcité à jouer un alter ego fantasmé de lui-même. Son jeu illuminé mais jamais exagéré est pour beaucoup dans la tenue d’un segment qui peut aussi se reposer sur une réalisation classieuse et un scope d’une largueur vertigineuse. Si le segment suivant tire un peu plus en longueur, il est aussi celui qui a le plus de cœur. En effet, le russe Alexy Fedorchenko bricole astucieusement l’histoire simple d’un type paumé à la recherche de ce qui se trouve à l’étage du dessus. Sans emphase mais pas sans talent, le cinéaste met en place une jolie histoire dont le contexte science-fictionnel passe comme une lettre à la poste. Enfin, « Fawns », de Jan Kwiecinski, est sûrement la partie la plus réussie. Superbement filmé dans une ville pauvre et à l’abandon, le Polonais sature son image de couleurs, notamment grâce à un quatuor d’abord exaspérant puis de plus en plus attachant. Dans un décor déshumanisé, Kwiecinski réintroduit de la vie et de l’altruisme dans des personnages qui en manquaient cruellement et injecte au fur et à mesure un espoir qu’on croyait perdu. Une vraie vision thématique et esthétique.

Sortie française indéterminée

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à propos de l'auteur

Mr Wolf
Co-créateur du Mainstream Club et auteur de la première heure, Mr Wolf est réputé pour avoir une pilosité aussi imposante que l'animal derrière lequel il se cache. Passionné par les comics, le cinéma et les séries, il a pour mot d'ordre de ne parler que des choses qu'il aime et de ne jamais écrire pour démolir. On raconte qu'il aurait tué une meute d'ours à mains nues et conquis la Russie en 768, mais aussi plausibles qu'elles soient, ces légendes n'ont jamais pu être vérifiées...




 
 

 
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