
Séances Crossovers
Film inaugural des Séances Crossovers, Jackpot (Arme Riddere) ne se situe pas tout à fait à la frontière entre les genres et revendique sa nature de polar. Mais un polar dans la veine de Tarantino, Ritchie ou des Coen : décalé, franc-du-collier et limite burlesque…
Oscar Svendsen s’éveille, tenant un fusil à la main et coincé sous le corps obèse d’une femme morte. Il est au beau milieu du Pink Paradise Club, qui fut une boîte de strip-tease des plus respectables jusque-là, à la frontière suédo-norvégienne. Eparpillés parmi les poupées gonflables, gisent huit autres cadavres. Devant lui se tient le détective Solor du Service National d’Enquêtes Criminelles. Sous le coup des méthodes quelques peu excentriques du détective, Oscar finit par cracher les détails d’une histoire barrée selon laquelle, accompagné de trois ex-taulards travaillant comme lui au Evergreen Plastic Christmas Tree Plant, il aurait acheté un billet gagnant pour le loto sportif. Mais le jackpot, d’une valeur de plusieurs millions de couronnes, se serait avéré difficile à partager en quatre. L’affaire s’est soldée par une orgie de corps et de membres disséminés tous azimuts, non sans l’aide précieuse de fusils à clous et de broyeurs à bois, bien entendu…
Je ne sais pas trop pourquoi je n’ai pas été emballé plus que ça par Jackpot (Arme Riddere). Autant sur le papier que sur l’écran, le film de Magnus Martens a tout pour plaire. Un casting de tronche assez fracassé, une histoire en flashbacks plus ou moins objectifs, une intrigue qui ne cesse de rebondir, une dose conséquente d’humour noir, des personnages aux caractères bien trempés… le tout ne manque pas d’attraits. Surtout à en juger une ouverture complètement ouf qui roule à cent à l’heure et en met plein la vue. Tout comme des scènes tordantes (les cadavres transformés en sapins décoratifs, l’engueulade pendant la découpe du premier corps), une interprétation au diapason et quelques dialogues bien sentis. Et malgré tout ça, l’heure 22 a souvent paru trop longue.
Parce qu’en fait, vous avez déjà vu Jackpot (Arme Riddere). Mélange de Fargo, d’Usuals Suspects, d’Arnaques, Crimes et Botanique et d’une douzaine d’autres films du même tonneau, ce polar n’apporte finalement rien de nouveau au genre et se contente d’aligner des scènes déjà connues sans jamais chercher à les transcender pour proposer un point de vue original. Martens propose justement une réalisation qui reprend les tics de ses aînés et ne semble pas vraiment vouloir apporter sa pierre à l’édifice. Et quand on sait que le script est une retranscription d’un bouquin jamais publié du célèbre romancier Jo Nesbø, on comprend mieux le déroulement et le rythme très littéraire de l’intrigue. Bref, le nouveau long-métrage de Martens à toutes les qualités, mais pas le petit truc en plus qui aurait pu le faire décoller, nous surprendre et dépasser les codes qu’il a juste choisi de suivre. Pas désagréable, en somme, mais pas suffisamment « unique ».






