
Compétition Internationale
Chaque année, le FEFFS programme un film atypique et unique aux frontières de l’expérimental. Et après Rubber et Bellflower, c’est à Resolution de remplir ce rôle. Une place à part qui n’empêche pas le tout d’être aussi engageant et sympathique que ses deux réalisateurs pleins de gouaille…
Michael reçoit une vidéo de son meilleur ami Chris, sous l’emprise de la méthadone, à moitié fou, dans un endroit inconnu. Il réussit à retrouver sa trace jusque dans un cabanon au nord de la Californie. Michael décide d’aider Chris à se remettre sur les rails en commençant par le faire abandonner la drogue. Il réussit à le menotter sur place, attendant que l’effet de la méthadone s’estompe, avec l’intention de le faire entrer en cure de désintoxication. Ils vont rapidement recevoir quelques visites bizarres: un chien, une petite fille regardant à la fenêtre, puis une bande d’illuminés qui attendent dans la forêt le vaisseau du Christ. Des tensions s’installent alors que des événements inexplicables commencent à arriver: des flashes de lumière, des photos et des vidéos d’eux sont laissées intentionnellement dans le cabanon. Ils commencent alors à comprendre que leur vie est en danger…
Il serait incorrect de dire de Resolution qu’il est une Å“uvre expérimentale. Car Justin Benson et Aaron Scott Moorhead ne fixent pas leur réalisation sur des tentatives. Doués avec modestie, les deux cinéastes signent une mise en scène efficace qui ne filme jamais rien autrement que comme il doit l’être (point d’effets de style prétentieux ici). Et c’est probablement pour cette raison qu’on accroche très rapidement à l’histoire de ces deux potes d’enfance qui se retrouvent parce que l’un veut sortir l’autre de son addiction. A travers des dialogues inspirés et souvent fendards, Benson et Morrhead donnent à leurs deux acteurs l’occasion de briller et d’incarner deux personnages forts et plausibles. Peter Cilella et Vinny Curran incarnent Michael et Chris avec conviction et composent les deux ancres du spectateur dans un univers de plus en plus surnaturel.
Parce que là où Resolution innove réellement, c’est bien dans sa façon d’instiller la peur et de construire scène après scène le crescendo d’une horreur de plus en plus flippante. Un horreur qui, contrairement au quotidien réaliste et crade dans lequel elle fait peu à peu irruption, revêt l’habit de l’absurde. Un absurde de plus en plus marqué mais aussi de plus en plus crédible. Si les premiers indices récoltés par Michael sonnent comme des pages de scénario amateur, c’est pour mieux jouer avec nos a-prioris de ce qu’est un film d’horreur et pour brouiller les pistes quant à la véritable identité de la menace. Peu à peu, insidieusement, le film rentre dans un méta-récit où on finit par comprendre que ce qui protège et menace à la fois les deux amis branquignoles n’est autre que le film lui-même. Une découverte déconcertante qui se fait là aussi à travers les personnages, qui prennent conscience progressivement de leur réelle nature. Un truc de ouf, donc, mais un truc de ouf terriblement bluffant.







