
Séances Documentaires
Journée consacrée à des documentaires aujourd’hui au FEFFS, et pas n’importe lesquels. Tous deux se penchent sur le cinéma et l’analysent en profondeur. D’un côté Side by Side, qui analyse le passage de la pellicule au numérique comme un nouveau tournant de l’industrie. De l’autre, Room 237, qui décortique le Shining de Kubrick pour en faire ressortir toutes les significations possibles…
Side by Side, l’un et l’autre

Pendant presque cent ans, il n’y avait qu’une façon de faire un film – avec de la pellicule. Les films étaient tournés, montés et projetés en utilisant de la pellicule photochimique. Mais les deux dernières décennies ont vu émerger un nouveau procédé numérique défiant la réalisation photochimique. Side by Side est une enquête menée par Keanu Reeves, examinant en profondeur cette révolution. A travers des interviews de réalisateurs, des plus grands directeurs de la photographie, des producteurs, des techniciens, des monteurs et des diffuseurs, Side by Side examine tous les aspects de la création d’un film – de la prise de vue au montage, des effets visuels aux retouches de couleur, de la distribution à l’archivage. Alors que le procédé photochimique coexiste avec le numérique, Side by Side étudie ce qui a été gagné, ce qui est perdu et ce que l’avenir pourrait apporter…
Au départ, on pourrait penser qu’un doc sur le passage de la pellicule au numérique serait aussi gavant qu’inintéressant pour les novices. Tout au contraire, Side by Side se révèle être une plongée passionnante dans les coulisses du cinéma en interrogeant ceux qui le font avec talent. Parce qu’au-delà de recueillir les avis de quelques-uns des plus grands cinéastes actuels (Fincher, Nolan, Lynch, Scorsese, Cameron, Soderbergh, les Wachowski…), Christopher Kenneally et Keanu Reeves vont aussi chercher les témoignages de ces professionnels essentiels et extrêmement talentueux que sont les directeurs de la photo, les monteurs et les étalonneurs pour voir en quoi l’abandon progressif du filmage sur pellicule n’est que le haut de l’iceberg de changements bien plus profonds. Rythmé et très didactique (tout est expliqué simplement), le documentaire est sûrement un des plus francs et des plus amoureux qu’on ait vus depuis longtemps sur cette industrie monumentale mais très humaine qu’est le cinéma. Passionnant et indispensable pour ceux qui voudraient savoir réellement ce qui se passe de l’autre côté de l’écran.
Sortie française indéterminée
Room 237, à perdre la raison
En 1980, Stanley Kubrick signe Shining, qui deviendra un classique du cinéma d’horreur. À la fois admiré et vilipendé, le film est considéré comme une œuvre marquante du genre par de nombreux experts, tandis que d’autres estiment qu’il est le résultat du travail bâclé d’un cinéaste de légende se fourvoyant totalement. Entre ces deux extrêmes, on trouve cependant les théories de fans acharnés du film, convaincus d’avoir décrypté les messages secrets de Shining. Room 237 mêle les faits et la fiction à travers les interviews de fans et d’experts qui adhèrent à ce type de théories, et propose sa relecture du film grâce à un montage très personnel…
En sortant de Room 237, on ne peut se dire qu’une chose : « y en a qui ont vraiment un très très gros grain ». En réunissant les analyses sonores d’une demi-douzaine de passionnés du film-culte de Kubrick, Rodney Ascher livre un film captivant sur l’obsession et sur les excès quasi-psychiatriques de la cinéphilie la plus poussée. Car si la moitié des intervenants proposent des théories crédibles reposant sur une analyse technique et artistique poussée, l’autre moitié développent des élucubrations fumeuses et insensées… mais finalement bien plus passionnantes que les avis plus mesurés. De messages cachés impliquant Kubrick dans la réalisation secrète des plans de l’homme sur la Lune à des indices explicitant une vindicte personnelle entre le réalisateur et Stephen King, ces gentils illuminés sont aussi drôles qu’attachants lorsqu’on les entend détailler à outrance le fil d’une pensée aux limites de la folie. Film dense et compact sur l’amour du cinéma et sur sa portée artistique et sémantique, Room 237 parle avant tout de la façon dont un film échappe très vite à son auteur à mesure que les spectateurs lui donnent le sens qu’ils veulent et que l’objet et son observateur s’influencent et se transforment l’un l’autre.





