
Compétition Internationale
Même s’il avait un des pitchs les moins fantastiques de cette édition du FEFFS et qu’il faisait clairement figure d’outsider, Sound of my Voice s’est récolté samedi soir l’Octopus d’Or, la plus haute récompense du festival. Un prix amplement mérité tant le premier long-métrage de Zal Batmanglij est une réussite sur tous les plans et un film aussi mystérieux que captivant…
Peter et Lorna infiltrent une secte dans le but de confondre l’imposture de son leader, Maggie. Cette jeune femme tout aussi irrésistible qu’insaisissable, prétendant venir de l’an 2054 et qui vit dans un environnement stérile et zen, tisse devant ses disciples de sombres histoires de guerres civiles à venir. Mais lorsque Maggie découvre sans difficulté certains des secrets intimes de Peter, le désir de celui-ci de la démasquer s’estompe au fur et à mesure que croît la fascination qu’il a pour elle. D’incident en incident, l’intrigue se développe et les motivations et certitudes des uns et des autres s’ébranlent. Jusqu’à ce que, tel un rayon de soleil inattendu, un enfant surdoué éclaire un coin de ce mystère grandissant…
Sound of my Voice traite de la vérité. Et pour autant, son réalisateur Zal Batmanglij ne nous ment jamais. Il filme, avec une objectivité rare, des événements et des personnages qui eux, nous trompent sur leur justesse et leur nature. Batmanglij ne livre pas ici un simple film de secte comme on a l’habitude d’en voir et va plus loin dans sa caractérisation de son histoire. En suivant ces deux apprentis journalistes infiltrés, ils questionnent tout autant leurs motivations et leur vérité que celles des autres protagonistes. A l’aide d’un scénario à tiroirs particulièrement fin et retors, le film joue continuellement avec nos impressions et nos acquis. Il n’est jamais possible pendant cette heure et demi d’être sûr de quoi que ce soit, tant chaque avancée peut être vue et comprise suivant plusieurs points de vue. L’intrigue joue autant avec nos nerfs qu’avec nos convictions, s’amusant à les retourner dans tous les sens à travers des rebondissements perpétuels qui la dirige à chaque fois dans une nouvelle direction et en premier lieu une « poignée de main secrète » ultra-complexe qui n’est jamais ressentie de la même façon.
Et pour porter ce récit riche mais jamais opaque, Batmanglij (j’adore ce nom !) s’est entouré d’un casting peu connu mais doué. En couple tiraillé par ce qu’ils sont en train de vivre, Christopher Denham et Nicole Vicius sont extrêmement prenants et crédible. En premier lieu Denham, dont l’esprit cartésien va peu à peu s’effriter. Héros téméraire au départ, il finit par faire craqueler le vernis lors d’une scène émotionnellement très chargé où son masque tombe bien malgré lui. Proche de nous et néanmoins charismatique, il convainc de bout en bout. A l’image de Brit Marling, la nouvelle révélation du cinéma indé US, ici co-scénariste. Le rôle de Maggie lui va comme un gant et sa beauté diaphane est pour beaucoup dans l’admiration et l’attrait hypnotique qu’elle exerce des deux côtés de l’écran. Son personnage est doté d’un charisme fou et c’est bien elle qui va chambouler nos certitudes. Tout d’abord crédible et fascinante, elle finit par se saborder dans une séquence de chant a capella où on pense avoir tout compris pour finalement nous retourner dans une scène finale géniale qui ouvre grand l’horizon de suites passionnantes à cette histoire qui l’est déjà tellement. Un tour-de-force qui ne se revendique jamais comme tel.






