CINÉMA

16 septembre 2012

FEFFS ’12 : V/H/S, sortis de leur cassette

Midnight Movies

Il est peu dire que V/H/S est un des films d’horreur les plus attendus de l’année. Tout juste sortie en VOD aux USA et toujours pas annoncé chez nous, cette anthologie de sketches rassemble quelques-uns des talents les plus prometteurs du genre indépendant aux States. Et qui dit film en plusieurs morceaux dit critique dans le même style…

Les créateurs de bloody-disgusting.com, premier site d’information sur le cinéma d’horreur au monde, ont demandé à six jeunes réalisateurs, parmi les nouveaux talents les plus prometteurs du cinéma de genre indépendant américain, de réaliser un court-métrage en « found footage », caméra à l’épaule à la manière de Cannibal Holocaust ou du Projet Blair Witch.

Une bande d’amis adeptes, de la vidéo, est chargée de récupérer une bande VHS dans une étrange bâtisse. A leur arrivée, ils tombent sur un cadavre et une imposante collection de cassettes, qu’ils vont commencer à visionner. Mal leur en prend, car les enregistrements réservent de bien macabres surprises.

« Tape 56″ d’Adam Wingard

Au départ extrêmement dynamique, le fil rouge de Wingard (A Horrible Way to Die) finit par souffrir de son statut de bouche-trou. Statut qu’il s’impose à lui-même en s’obligeant à ajouter un élément flippant par pastille pour au final ne pas raconter grand-chose de plus qu’un prétexte à amener les autres « cassettes » qui manque de repères (à part le moustachu, impossible de savoir qui est qui et où) et qui finit dans un portnawak soit trop simple soit trop complexe pour être appréhendé correctement. On se dit que ce fil rouge aurait peut-être gagner à ne pas utiliser le gimmick imposé aux autres segments afin d’avoir une identité propre et amener des coupures de style plus franches.

« Amateur Night » de David Bruckner

Cette première histoire est aussi une des plus réussies. Trois mecs très en manque ramènent deux nanas dans leur chambre d’hôtel. La première s’évanouit très vite mais la seconde se révèle bien plus menaçante. Jouant avec ce gadget ultime que sont les lunettes-espion, Bruckner (l’excellent The Signal) met un peu de temps à mettre sa situation en place mais se révèle hautement efficace lorsque celle-ci part en couilles. Les personnages sont aussi bien écrits qu’interprétés (le blond bourré est connement drôle) et le crescendo dans l’horreur est contrôlé avec minutie, jusqu’à un final ahurissant, radical et impossible à voir venir.

« Second Honeymoon » de Ti West

Si là aussi, l’exposition est un peu longuette, Ti West (The Innkeepers) parvient à créer deux protagonistes tangibles avec ce jeune couple partis dans road-trip sur lequel plane une menace encore impalpable. Si on a un peu de mal à gober le twist final, West excelle dans sa cruauté à d’abord distiller des fausses pistes malines, puis à faire débarquer la menace au beau milieu de sa bobine dans une scène qui utilise à merveille la forme imposée de l’exercice. Pour l’histoire, on repassera, mais que l’exécution est virtuose.

« Tuesday the 17th » de Glenn McQuaid

Ce n’est probablement pas un hasard si le segment de McQuaid (I Sell the Dead) a été placé en milieu de métrage, puisqu’il en constitue la partie la plus faiblarde. La caractérisation des personnages et la situation (deux filles et deux mecs vont se baigner dans un lac au milieu d’une forêt) sont très clichés et les deux premiers tiers peinent à accrocher. Une faiblesse rattrapée par une dernière partie qui, après un retournement de situation un peu facile (ça sonne comme un film tourné entre potes), parvient à raviver notre attention en dessinant un ennemi visuellement original qui laisse tomber le film dans le conceptuel.

« The Sick Thing That Happened to Emily When She Was Younger » de Joe Swanberg

La bonne idée de Swanberg ici aura été de tourner son segment comme une succession de conversions par webcam entre un jeune couple éloigné par la distance et secoué par l’appartement hanté de mademoiselle. Un concept amusant et exploité jusqu’au bout qui se révèle être la partie la plus terrifiante du film. Utilisant des moyens vulgarisés bêtement par les Paranormal Activity, Swanberg se fend ici au moins d’une vraie histoire, quitte à partir un peu trop en couilles sur la fin pour toujours convaincre, mais terminant sur une touche d’humour noir cruel. Et les deux acteurs (dont le réalisateur lui-même) sont captivants.

« 10/31/98″ de Radio Silence

Définitivement le meilleur segment de tous, celui du collectif Radio Silence est vraiment impressionnant. Parce qu’il parvient en peu de scènes à exposer des protagonistes pas (trop) archétypaux et parce qu’il est formellement impressionnant. Le parti-pris d’un scénario dont plusieurs parties resteront inexpliquées fonctionne réellement et le simple fait de donner une part d’héroïsme à cette bande de trentenaires partis fêter Halloween dans une bâtisse inquiétante donne du corps à l’histoire et nous attache à eux. La mise en place visuelle de cette maison qui se retourne contre ses visiteurs est absolument bluffante (les mains qui sortent des murs, les fenêtres qui rétrécissent) et le final tordu et immoral au possible. Tant mieux.

S’il n’est pas la réussite totale souhaitée ni le tournant annoncé dans le genre V/H/S se présente comme une entreprise louable et originale qui permet de nous faire circuler à travers le spectre de l’horreur contemporaine et surtout de prouver que les nouveaux talents à surveiller sont nombreux. Et même si on voit beaucoup de seins gratuitement et que les deux heures sont parfois un peu longuettes, le plaisir de flipper sa maman est bien là.

Sortie française indéterminée

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à propos de l'auteur

Mr Wolf
Co-créateur du Mainstream Club et auteur de la première heure, Mr Wolf est réputé pour avoir une pilosité aussi imposante que l'animal derrière lequel il se cache. Passionné par les comics, le cinéma et les séries, il a pour mot d'ordre de ne parler que des choses qu'il aime et de ne jamais écrire pour démolir. On raconte qu'il aurait tué une meute d'ours à mains nues et conquis la Russie en 768, mais aussi plausibles qu'elles soient, ces légendes n'ont jamais pu être vérifiées...




 
 

 
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