CINÉMA

10 janvier 2013

LA CLAQUE : Le Monde de Charlie

LA CLAQUE Le Monde de Charlie

Ça semble bien parti : la première claque cinématographique de 2013 est sorti le deuxième jour de l’année. Sorti en septembre aux États-Unis, Le Monde de Charlie (The Perks of Being a Wallflower) transpose sur l’écran un roman culte sur l’adolescence des années 90, traduit chez nous en catimini et sous un titre navrant. C’est l’écrivain Stephen Chbosky lui-même qui adapte son bouquin dans un souci d’authenticité appréciable. Du coup, on comprend vite pourquoi le bouquin est culte et pourquoi le film fait parler de lui…

Au lycée où il vient d’arriver, on trouve Charlie bizarre. Sa sensibilité et ses goûts sont en décalage avec ceux de ses camarades de classe. Pour son prof de Lettres, c’est sans doute un prodige, pour les autres, c’est juste un « loser ». En attendant, il reste en marge – jusqu’au jour où deux terminales, Patrick et la jolie Sam, le prennent sous leur aile. Grâce à eux, il va découvrir la musique, les fêtes, le sexe… pour Charlie, un nouveau monde s’offre à lui…

LA CLAQUE Le Monde de Charlie 2LA CLAQUE Le Monde de Charlie 3

Je sais pas vous, mais pour moi, ce serait un joli compliment de dire que Le Monde de Charlie est le Garden State de cette décennie. Parce qu’on retrouve beaucoup des thèmes développés dans le film de Zach Braff, un héros lunaire et surtout une tonalité douce-amère qui ne fait jamais complètement sombrer dans le drame ou dans la comédie. Ceux qui s’attendaient à voir un énième film d’adolescent geignards et insupportables auront comme moi la surprise agréable de se trouver face à une œuvre sensible, unique et pleine de rugosité. Et on s’en étonne d’autant plus que dans l’histoire du cinéma, les écrivains qui passent derrière la caméra pour adapter leur bouquin se sont souvent pris les pieds dans le tapis (on se souvient de Houellebecq et de son …Île). Là, Stephen Chbosky fait preuve d’une réelle patte artistique et d’un sens aigu de l’équilibrisme. Jamais l’écrivain-scénariste-réalisateur ne tombe dans la vénération frimeuse de son œuvre ni dans la tentation arty minimaliste d’une branche du cinéma indépendant. Au contraire, il fait preuve d’une belle maîtrise de son image qui est expressive sans jamais se montrer tape-à-l’œil et ne convoque des effets de réalisation intenses (plan décadrés, montage cisaillé) que pour accentuer l’impact tonitruant de sa révélation finale.

Parce que Le Monde de Charlie, c’est avant tout une histoire plus forte et profonde qu’elle peut en avoir l’air au départ. Loin des love-stories cucul la praline ou des chroniques de lycée américain bourrées à ras-bord de clichés, Chbosky narre un conte moderne tendre et cruel à la fois, où les archétypes lycéens sont malmenés (le quarterback gay refoulé) et les évidences souvent trompeuses. L’auteur se veut un analyste des choses simples et des relations naissantes et croissantes entre adolescents et avec les adultes. Sans temps morts ni longueurs, avec un goût subtil des ellipses, le film traverse un an de vie de Charlie, jeune homme lambda donc unique, dépressif en rémission qui tente de se faire une place et d’arrêter, peut-être, d’écrire à un ami imaginaire. Dans ce rôle bien plus complexe qu’en apparence, Logan Lerman explose, tout en retenue, et donne corps à un personnage compliqué à faire vivre. Le jeune acteur est aussi attachant que bouleversant et donne la réplique à une galerie de comédiens tous au diapason. En tête desquels Ezra Miller et Emma Watson. Le premier s’était déjà fait remarqué et joue ici un clown triste au tempérament girouette et au charisme longiligne. La deuxième amorce ici une reconversion réussie avec un rôle éloigné de celui qui l’a rendue célèbre. Elle trimballe sa moue charmeuse d’une séquence à une autre avec une jolie légèreté.

Et au final, Le Monde de Charlie se transforme et, au péril d’une caresse qui opère comme une madeleine de Proust, convoque un passif insoupçonné au anti-héros un peu gauche. Une sombre illumination qui remet tout en perspective en replaçant le récit dans un historique lourd. Dans sa conclusion, le film irradie par la simplicité et l’aisance avec laquelle il traite de sujets complexes et malaisés et s’érige comme une réussite troublante qui met en avant des émotions brutes qui titillent avec bonheur les glandes lacrymales.

Actuellement en salles



à propos de l'auteur

Mr Wolf
Co-créateur du Mainstream Club et auteur de la première heure, Mr Wolf est réputé pour avoir une pilosité aussi imposante que l'animal derrière lequel il se cache. Passionné par les comics, le cinéma et les séries, il a pour mot d'ordre de ne parler que des choses qu'il aime et de ne jamais écrire pour démolir. On raconte qu'il aurait tué une meute d'ours à mains nues et conquis la Russie en 768, mais aussi plausibles qu'elles soient, ces légendes n'ont jamais pu être vérifiées...




 
 

 
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  1. colibri

    Très belle critique, des mots justes et recherchés qui nous livrent toute l’émotion que fait transparaitre le film.
    Un film à voir immanquablement pour ressortir à la fois transporté et bouleversé (ça donne envie de plonger son nez dans le bouquin!).
    Laissez-vous chambouler par cette magnifique œuvre.



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