CINÉMA

30 décembre 2012

LA CRITIQUE DES CRITIQUES : Jack Reacher, art brute

LA CRITIQUE DES CRITIQUES Jack Reacher

Mr Wolf - avatar miniAlors que la période courant jusqu’à Noël a été propice aux grosses sorties, la dernière semaine de l’année est toujours la vache maigre de l’étable. Malgré tout, ça n’a pas empêché le polar brut de décoffrage Jack Reacher de trouver le chemin des salles. L’occasion ici de se refaire une petite Critique des Critiques, histoire de donner notre avis sur ceux qui donnent le leur avec souvent une mauvaise foi et un désamour du cinéma égal à leur tendance à se lire écrire. Ready ? Set ? Go !…

Un homme armé fait retentir six coups de feu. Cinq personnes sont tuées. Toutes les preuves accusent l’homme qui a été arrêté. Lors de son interrogatoire, le suspect ne prononce qu’une phrase : « Trouvez Jack Reacher. » Commence alors une haletante course pour découvrir la vérité, qui va conduire Jack Reacher à affronter un ennemi inattendu mais redoutable, qui garde un lourd secret…

N’ayons pas peur des mots : Jack Reacher est une sorte de chef-d’œuvre dont on n’a pas fini d’épuiser les beautés.
TF1 News – Romain Le Vern

Bon, là, TF1 doit être partenaire du film, c’est pas possible autrement. Si Jack Reacher se démarque en étant au final un polar bien plus prenant et bien ficelé qu’on aurait pu croire, le terme de chef-d’œuvre est ici gentiment exagéré. Mais un très bon film, costaud et tout, d’accord.

Le réalisateur Christopher McQuarrie (…) parvient à restituer l’atmosphère des polars virils des seventies sans verser dans l’hommage emprunté.
Le Parisien – Hubert Lizé

On ne peut que tomber d’accord avec cette remarque pertinente. McQuarrie a fait de son film une espèce d’objet uchronique où, finalement, seuls certains éléments nous raccrochent au présent. Il est vrai que dans sa réalisation racée et jamais tape-à-l’œil, ce polar nostalgiques convoque des tics et des postures d’une autre époque. Et fait du cinéma un saladier où des ingrédients d’ères divers se marient avec saveur.

L’intérêt de ce « vigilante movie » réside dans son humour noir, son secret décrypté à la manière des grands complots et son rythme émollient qui laisse le temps à tous les personnages de vivre.
Première – Thomas Agnelli

Effectivement, pour un film de deux heures passées, Jack Reacher ne s’encombre pas d’une profusion de personnages et se concentrent sur une demi-douzaine de tronches variées qui ont toutes le temps et la latitude d’exister. Et si McQuarrie abuse du « on-vous-montre-pas-qui-c’est-jusqu’à-la-dernière-minute », il fait bien de laisser un bon quart d’heure avant de faire apparaître son héros.

Ce western urbain est du vrai bon cinoche du samedi soir qui nous venge des poses fumeuses de Drive.
TéléCinéObs – Nicolas Schaller

Il y a des journalistes pour qui n’importe quel film avec un flingue est un dérivé de western, comme s’il n’existait qu’un genre. On en a un beau ici. De plus, un de ceux qui ne peut jamais dire du bien de quelque chose sans forcément mettre une pichenette quelque part. Ici, c’est Drive qui prend. Bien sûr, les points de comparaison sont là, mais anecdotiques tant les deux œuvres sont diamétralement opposées dans leurs intentions thématiques et formelles. Encore un qui a raté une belle occasion de finir sa phrase plus tôt.

Si Tom Cruise s’est emparé de ce personnage (…) c’est sans doute en pensant popularité et box-office. A l’écran, cette affaire-là a un vrai goût de cinéma.
Télérama – Frédéric Strauss

Oui, Tom Cruise est un producteur qui prend de la place. Mais rarement le bonhomme aura fait les mauvais choix artistiquement. Avec la même tronche, il parvient en quelques scènes à donner vie à un Jack Reacher crédible et vivant, éloigné de ses autres rôles. On attendait un ersatz de ses autres personnages mais ce serait occulter l’acteur, terriblement doué, par l’homme, terriblement déformé par le prisme de la presse people. On semble redécouvrir à chacun de ses films que Cruise est un des meilleurs acteurs américains et qu’il peut se targuer d’une filmographie quasi-sans faute. C’est une nouvelle fois le cas ici.

Au diapason des défis de son héros, le film s’échine à prendre le rebours des évidences avec des fortunes diverses.
Cahiers du Cinéma – Joachim Lepastier

Oui, l’intrigue n’est pas aussi fine qu’elle pense l’être. Oui, on a déjà compris le pourquoi du comment depuis le départ. Mais ici, ce n’est pas la destination qui compte mais le voyage. Un voyage au cours duquel tout est retourné trois fois avant d’arriver là où on l’attendait, mais un voyage incroyablement fun et décomplexé qui prend l’attitude du guide Jack Reacher, héros d’un autre temps qui semble débarquer des seventies avec son faciès rigide et ses codes moraux affirmés.

LA CRITIQUE DES CRITIQUES Jack Reacher 3LA CRITIQUE DES CRITIQUES Jack Reacher 2

Après une séquence d’introduction intense, on est quelque peu désarçonné par le rythme irrégulier de cette enquête au long cours, classique dans la forme mais efficace, grâce à la performance de Tom Cruise, décidément imprévisible.
Le Journal du Dimanche – Stéphanie Belpêche

Il est vrai que la scène d’ouverture est bluffante. Son déroulement mathématique, sa tension grandissante et surtout son plan interminable à travers la lunette du fusil, où McQuarrie nous enferme dans le regard du tueur. Mais si certains passages causent beaucoup, probablement à cause de l’origine littéraire de l’histoire, on retrouve régulièrement des séquences fortes et bien troussées, comme les deux trois bagarres rudes auxquelles s’adonnent Reacher, et une course-poursuite nocturne presque mutique et filmée avec intensité tout en étant d’une lisibilité parfaite (une rareté de nos jours).

Christopher McQuarrie, qui fut le scénariste ultra-sophistiqué de Usual Suspects, vise ici à une clarté maximale, au point qu’on se demande s’il ne regrette pas d’avoir jadis misé sur l’intelligence de ses spectateurs.
Le Monde – Thomas Sotinel

Bon, le reproche est peut-être facile mais pas complètement faux. On sent bien que McQuarrie s’éclate bien plus à mettre en scène Reacher et les personnages secondaires au sein de dialogues inspirés qu’à dérouler le fil d’une intrigue dont on a du mal à saisir les tenants et les aboutissants : le fin mot de l’histoire, expédié, semble bien maigre pour justifier une si vaste machination.

On retiendra une fusillade magistrale et les prestations étonnantes de David Oyelowo et Jai Courtney. Quelques qualités qui sauvent le film de la déconfiture.
CinemaTeaser – Emmanuelle Spadacenta

Oui, les seconds rôles sont fameux. Aussi bien écrits qu’interprétés. Mais même si Oyelowo et Courtney sont bons, on retiendra plutôt les prestations de Rosamund Pike, femme forte et à l’intelligence charmante, et de Robert Duvall, vieux roublard décalé amenant au film un brin de fantaisie. Mais on restera perplexe devant celle de Werner Herzog, qui joue un bad guy inconsistant et incompréhensible,  et jamais suffisamment caricatural pour masquer son manque de logique.

Une série B de luxe, appliquée mais sans âme, où Tom Cruise ne convainc jamais.
Ecran Large – Simon Riaux

Oui, il manque encore à Jack Reacher un petit supplément d’âme pour prétendre au rang de chef-d’œuvre invoqué plus haut. Cependant, on peut supposer que notre confrère ne porte guère Cruise dans son cœur, tant c’est justement lui qui apporte du coffre et de la rugosité, à travers son interprétation finalement subtile de ce type aux abords monolithiques mais surtout déphasé et conscient de l’être. Et que dire de son implication physique, lui qui réalise comme un grand nombre de cascades (voir la course-poursuite) que nombre de ses collègues évitent. Et il serait temps que nos amis critiques arrêtent d’émailler tous leurs articles du terme « série B » sans savoir l’utiliser. Même s’il a plusieurs définitions, aucune ne s’applique ici.

Désagréable résurrection du film de « vigilante », dérive ultra-droitière du genre noir qui aurait mieux fait de rester cantonné à Charles Bronson et aux années 70.
Critikat.com – Benoît Smith

Et voilà, y en a toujours un pour tout ramener à la politique ! Souvent, c’est le même qui n’a pas l’ouverture suffisante pour penser que le héros d’un film peut ne pas porter la parole de celui-ci. Ici, Jack Reacher a des côtés détestables, et le fameux protagoniste-phare, celui qui reflète le propos du réalisateur, serait plutôt l’avocate idéaliste. Et on peut aimer les films de bourrin qui casse des dents et des jambes sans sourire sans être un skinhead. Ça s’appelle la subtilité. Et c’est dur, mais ça s’apprend.

Actuellement en salles



à propos de l'auteur

Mr Wolf
Co-créateur du Mainstream Club et auteur de la première heure, Mr Wolf est réputé pour avoir une pilosité aussi imposante que l'animal derrière lequel il se cache. Passionné par les comics, le cinéma et les séries, il a pour mot d'ordre de ne parler que des choses qu'il aime et de ne jamais écrire pour démolir. On raconte qu'il aurait tué une meute d'ours à mains nues et conquis la Russie en 768, mais aussi plausibles qu'elles soient, ces légendes n'ont jamais pu être vérifiées...




 
 

 
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  1. Delazoppa

    Je tombe sur cette page un peu par hasard.

    Je dois vous dire que je suis un peu surpris, dans le mauvais sens du terme. Prétendre « critiquer la critique », à partir de petites phrases, c’est au mieux incomplet, au pire mensonger.

    Et puis bon, vous connaissez tellement bien votre sujet que vous faites quelques fameux contresens dans votre analyse, pour peu qu’on la mette en regard des critiques intégrales. Ne serait-ce pas vous qui vous regardez écrire ?



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