COMICS

16 mars 2012

COUP DE COEUR : Batman – Sombre Reflet, psycho killer (qu’est-que c’est ?)

Après une longue période où Green Lantern trustait les cimes des ventes (bien aidé par le très bon Blackest Night), c’est au tour de Batman de se placer en position de leader. Et quand on se plonge dans Batman : Sombre Reflet (The Black Mirror), on se dit que c’est amplement mérité. Clamé par beaucoup comme étant une des meilleurs histoires du Chevalier Noir, la saga de Scott Snyder aura aussi permis au scénariste de s’imposer comme le nouvel auteur solide du héros. Et alors que le second et dernier tome sort le mois prochain chez nous, revenons sur un récit haletant et exigeant qui fera date…

Tandis que Batman enquête sur une étrange vente aux enchères dans le milieu de la pègre de Gotham, le fils psychotique du Commissaire Gordon fait sa réapparition. Si ce dernier aimerait pouvoir faire à nouveau confiance à son fils, la personnalité trouble du jeune homme ravive cependant chez Gordon de douloureux souvenirs…

« Oh putain ! ». C’est ce qu’on se dit en refermant la quatrième de couverture sur cette longue saga qui a parcouru onze numéros et donc quasiment un an de la revue Detective Comics outre-Atlantique. Premier point fort de Snyder : détacher son Batman de celui de Grant Morrison. Choix est fait par l’auteur de suivre Dick Grayson, resté protecteur de Gotham alors que son mentor revenu à la vie parcourt le globe pour fonder Batman Inc. Il écrit alors un Batman plus jeune, plus contemporain, mais surtout moins monolithique et plus décontracté… sans pour autant renier ce qui fait le personnage. Parce qu’à côté de ça, Snyder veut aussi se rapprocher sémantiquement du titre du comic dont il a la charge : son Batman est avant tout un détective et opère dans une Gotham sombre, violente et implacable, loin de la touche colorée et old school développée par Morrison.

Et cela permet au scénariste de tisser une intrigue particulièrement retors qui va toucher personnellement des seconds rôles essentiels de l’entourage de Batman : la famille Gordon, avec le retour du fils du commissaire, James, psychopathe notoire depuis longtemps échappé de Gotham. L’occasion de revenir aux débuts de Gordon et aux événements traumatisants auquel il a dû faire face en tant que père. Et à travers un épisode flash-back incroyablement intense, Snyder remet le personnage sur le devant de la scène et montre qu’il est définitivement un des protagonistes les plus intéressants et les plus humains du vivier gothamite. D’autant que, pas bête pour un sou, Snyder construit des ponts entre ses scénarii et la continuité DC, du premier arc (la vente aux enchères de vieux accessoires de super-vilains) à la saga principale justement, où la chronologie se rapproche du culte Batman : Year One, comme le rappelle un Francesco Francavilla dont le style épais et sombre fait irrémédiablement pensé à celui de David Mazzucchelli.

Une tonalité tout en ombre et en couleur sépia qui se mêlent étonnamment bien à celui, plus fin et acéré, de Jock, qui signe l’autre moitié des épisodes. Un travail à quatre mains qui donne, en plus d’une jolie régularité rare dans l’industrie actuelle, une teinte très particulière à ce Sombre Reflet. Celle des grands récits qui retournent, bouleversent et marquent. Parce que si l’intrigue de Snyder n’est pas exempte de petits défauts (une apparition anecdotique du Joker, des justiciers qui s’appellent par leur pseudonyme de façon artificielle), elle est aussi diablement complexe sans jamais perdre le lecteur et s’articule sur ses onze numéros sans qu’on s’en doute réellement, développant ses ramifications de façon parfois inattendue (le lien entre le Black Mirror et James Gordon, l’excellente fin ouverte) et alignant avec une régularité chirurgicale les scènes de bravoure (Batman bloqué dans un compresseur maousse) et terrifiants (revoir la barre de fer qui a tué Jason Todd, le final entre Gordon et son fils).

Une lecture presque obligatoire tellement elle rassemble en son sein tout ce qui fait la chair de Batman et de son univers. Une réussite exemplaire qui prouve que ces personnages septuagénaires en ont encore sous le capot. Bluffant.

Tome 1 disponible en librairies
Tome 2 à paraître le 13 avril 2012

PS : un bisou sur la joue offert à quiconque relève la référence du titre de cet article. La jeu en vaut la chandelle.



à propos de l'auteur

Mr Wolf
Co-créateur du Mainstream Club et auteur de la première heure, Mr Wolf est réputé pour avoir une pilosité aussi imposante que l'animal derrière lequel il se cache. Passionné par les comics, le cinéma et les séries, il a pour mot d'ordre de ne parler que des choses qu'il aime et de ne jamais écrire pour démolir. On raconte qu'il aurait tué une meute d'ours à mains nues et conquis la Russie en 768, mais aussi plausibles qu'elles soient, ces légendes n'ont jamais pu être vérifiées...




 
 

 
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  1. Bourgeon

    Talking Head fa fa fa psycho killer……


  2. On a un (une ?) gagnant ! Félicitations. Et surtout respect pour avoir lu l’article jusqu’à la toute fin !



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