
Ce que vous pouvez savoir : En avril dernier, la Fox avait renouvelé Fringe pour une cinquième et ultime saison. Ce n’était pas gagné, tant les audiences du show avaient chuté depuis son changement de case horaire pour le vendredi soir. Mais en accordant à la saga S-F treize chapitres supplémentaires pour se conclure décemment, la chaîne lui permet aussi d’atteindre la barre nécessaire des cent épisodes pour pouvoir ensuite de revendre en multi-rediffusion. Les deux ultimes épisodes ont été diffusés le 18 janvier dernier lors d’une soirée spéciale et a réuni 3,28 millions de téléspectateurs, soit la meilleure audience de la série depuis le démarrage de la saison 4.
Ce qu’il s’est passé : Grâce à Broyles, l’équipe Fringe parvient à localiser où est détenu Michael : dans un laboratoire sur Liberty Island, où les observateurs l’étudient et découvrent ses capacités. Le lieu étant ultra-protégé, Olivia a alors l’idée de réutiliser le Cortexiphan pour libérer Michael en passant par l’univers alternatif. Peter est contre cette éventualité qui mettrait en danger la santé d’Olivia, qui n’est plus soumise au produit depuis plus de vingt ans, mais ils n’ont pas le choix. Après s’être assuré que l’univers alternatif ne souffre pas de l’invasion des observateurs, ils mettent leur plan en marche. Pendant ce temps, Donald rejoint le laboratoire de Harvard et commence la construction de la machine qui enverra Michael dans le futur. De son côté, Windmark, qui n’a pu interroger Michael, demande conseil à son supérieur en 2609, mais si Windmark veut détruire Michael, son commandant veut l’étudier…
Ce qui a coincé : En étant reléguée à la soirée peu suivie du vendredi, Fringe avait aussi dit adieu à une partie de son budget. Et malgré la bonne volonté générale et des effets spéciaux toujours au top, on sentait depuis quelques temps déjà que le show était de plus en plus restreint dans l’imagerie impressionnante qui avait fait sa renommée au départ. On sent alors clairement cette année que les scénarii sont adaptés aux moyens limités, notamment en propulsant les héros dans un futur dystopique régi par les Observers, limitant ainsi les menaces (simplement des chauves en costards) et réduisant le casting à son minimum (les quatre de la Fringe Team), reléguant Lance Reddick (Broyles) et Blair Brown (Nina) à des apparitions sporadiques. Autre reproche notable : en balançant son action dans le futur et en mettant en place une nouvelle intrigue relativement détachée des précédentes, la série a choisi la solution de facilité pour laisser en suspens de (trop) nombreux mystères lancés dans les saisons précédentes. Comme Lost, Fringe repart donc sans avoir dévoilé tous ses secrets (William Bell ?) et cela peut avoir un vilain goût d’inachevé pour certains fans de la première heure.
Ce qui a fonctionné : La série imaginée par J.J. Abrams, Alex Kurtzman et Roberto Orci aura beaucoup évolué en cinq années. Au point de ne plus avoir de grandes similitudes avec ses débuts. Hormis le cast, les enjeux, les caractères et la narration auront grandement évolué. Un grand bien quand on pense que le show aurait pu suivre son canevas initial et devenir un procedurial S-F répétitif comme X-Files avait pu l’être sur la fin. En passant la main dans cette dernière à J.H. Wyman, Fringe a d’ailleurs gagné en rigueur en développant une intrigue unique qui cristallise ses thématiques et se concentre sur l’univers à part du show. Et pour le coup, cette année a sûrement été la plus crédible et la moins dispersée scénaristiquement parlant, contrairement à la conclusion difficilement compréhensible de la saison 4. En racontant une histoire canonique de la science-fiction (un futur contrôlé par des envahisseurs liberticides), le show est revenu à des fondamentaux qui parlent à tous et s’est permis de garder une jolie contenance qui donne, au final, un vrai sentiment d’aboutissement.
Et si la série est toujours plombée par son habituel problème de rythme (un défaut qu’elle se trimballe depuis le départ), elle est revenue à ses bases, là encore comme Lost : ses personnages. On le sait, ce qu’on aime avant tout dans un série, ce sont ceux qui la peuplent, et la distribution de Fringe peut se vanter de tenir une belle brochette d’acteurs et de protagonistes. Les relations entre eux et leurs dilemmes intérieurs étaient les véritables piliers de cette saison, qui n’a pas arrêté de mettre nos nerfs à rude épreuve en multipliant les drames (la mort d’Etta) et les revirements psychologiques (Walter qui se rationalise, Peter qui se transforme en Observer). Pour autant, la série n’aura pas lésiné sur les cadeaux aux fans, comme le retour d’un September humain (charismatique Michael Cerveris) ou un double-épisode explosif qui met fin à cinq ans de bons et loyaux services en alignant toutes les scènes qu’on voulait voir, à l’image de l’attaque du siège des Observers par Peter et Olivia, armés des phénomènes surnaturels récoltés lors de leurs enquêtes. Et bien sûr celles qu’on redoutait. Les dernières, d’abord, qui vont trop vite et nous laisse immanquablement frustrés, donnant le sentiment de ne pas avoir eu le temps de savourer les derniers instants. Et les adieux, poignants, incroyablement émouvants, entre Peter et Walter, le père et le fils qui auront mis cinq ans à se trouver, à s’accepter et à s’aimer de nouveau. Cet amour filial et paternel est bien le cœur (propre et figuré) du show. Joshua Jackson et l’immense John Noble auront réussi à incarner deux personnages subtils et éminemment attachants, et leur dernière scène seuls est la plus touchante qu’ils ont jamais tournée.
Fringe nous quitte sur quelques déceptions, certes mais surtout beaucoup de réjouissances, comme un dernier aller-retour « de l’autre côté » et plusieurs retours attendus.
Ce qui devrait se passer : C’est sûr, Fringe va nous manquer, mais on pourrait la voir revenir plus tôt que prévu… en comics. Déjà plusieurs fois déclinée en sur papier par DC Comics, il se pourrait bien que, comme Buffy ou d’autres, on retrouve prochainement de nouvelles aventures d’Olivia et des Bishop. En attendant, ses acteurs se tournent vers le cinéma et l’animation et ses créateurs sont accaparés par le grand écran. J.H. Wyman, lui, a écrit deux films qui sortiront en 2013.









